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Calligraphie de Hassan Massoudy

.Famille impériale d'Iran.

Calligraphie de Hassan Massoudy



Voir l'arbre généalogique de la famille Pahlavi



Textes sur Mohammad Reza | Fawzieh | Gholam-Reza | Soraya | Reza | Farah | Leila | Ali-Reza



MOHAMMAD REZA

La mort du Shah d'Iran

Celui qui fut l'un des hommes les plus puissants du monde est mort seul, abandonné de tous, au Caire. Seule l'Egypte avait eu le courage d'accueillir un proscrit en proie à la haine des mollahs et à l'indifférence de ses amis d'hier. Par François Billaut
Des obsèques en exil, mais des obsèques nationales. Pour accompagner le shah d'Iran vers sa dernière demeure, le président Anouar al-Sadate a voulu une cérémonie digne d'un chef d'Etat. "Laissons à l'histoire le soin de juger Mohamad Reza Pahlavi en tant que gouvernant. Mais nous, en Egypte musulmane, nous lui témoignerons respect et reconnaissance comme homme et comme musulman." Et à son instar, ce matin du 29 juillet 1980, trois millions d'Egyptiens se pressent dans les rues du Caire en un respectueux silence. Un hommage populaire qui supplée à l'absence des anciens amis du monarque, souverains et autres chefs d'Etat qui se pressaient dix ans plus tôt aux fêtes de Persépolis. Seuls l'ancien président Nixon et l'ex-roi Constantin de Grèce ont annoncé leur venue. Sur le parcours qui conduit à la mosquée El Rifaï, cinq mille soldats forment une haie d'honneur. En avant du cercueil, recouvert du drapeau impérial, trois officiers portent sur des coussins les décorations du défunt que suivent ses fils Reza, le nouvel empereur titulaire d'Iran, le prince Ali Reza, et le président Sadate en grand uniforme. L'impératrice Farah, les traits tirés, vêtue de noir, est entourée de ses filles Farahnaz et Leila, de sa belle-soeur la princesse Ashraf, de sa mère madame Diba et de Jehane Sadate. L'ensevelissement à la mosquée se fait dans la plus stricte intimité et la première poignée de terre jetée sur le cercueil est celle que le shah avait lui-même emportée d'Iran, le 16 janvier 1979, à l'instant de son départ en exil.
Une matinée glaciale, qu'en cette minute se remémore la shahbanou. "Ce départ représentait la fin de tout ce qu'il avait accompli durant ces années pour son pays. Lorsque nous sommes arrivés devant l'avion, il avait les larmes aux yeux. Pour moi, c'était déchirant de le voir pleurer. Mais je n'ai pas craqué." Elle ne craquera pas non plus durant les dix-huit mois d'enfer qui suivront. Après une première escale en Egypte, où le président Sadate les reçoit encore en chefs d'Etat, les souverains iraniens décident de rejoindre les Etats-Unis où sont déjà réfugiés les enfants impériaux. Mais en Iran, l'ayatollah Khomeny vient d'instaurer le Conseil de le Révolution que tous les anciens "Etats amis" se sont empressés de reconnaître. Toutes les portes se ferment : le shah et son épouse sont désormais des parias. Et le couple entame une interminable errance qui le conduit du Maroc au Mexique, en passant par les Bahamas et Panama... A Téhéran, la terreur islamique s'installe. Arrestations et exécutions se multiplient et le monarque et son épouse "corrompus du régime" figurent en tête de la liste des condamnés à mort. Une fatwa est lancée : tout croyant bénéficiera de l'indulgence de Dieu s'il accomplit la bonne action de leur ôter la vie ! La menace n'est pas vaine, Shahryar, le neveu du shah, est assassiné en pleine rue à Paris.
A cette angoisse qui ronge Farah, s'ajoutent les inquiétudes pour la santé de son mari. Depuis plusieurs années, Mohamad Reza souffre d'un cancer et il faut maintenant intervenir de toute urgence. Le président Jimmy Carter finit par accepter que l'opération se déroule à New York. Mais en apprenant que les Etats-Unis hébergent le shah, les révolutionnaires islamistes s'emparent du personnel diplomatique de l'ambassade des Etats-Unis. Cent vingt otages à Téhéran servent désormais de monnaie d'échange pour obtenir l'extradition du shah. Après l'opération, le couple impérial est assigné à résidence dans l'hôpital psychiatrique d'une base militaire du Texas. Une nouvelle fois, le salut vient d'Egypte. Sadate met un terme à leur calvaire. "Le shah nous a aidés dans les moments difficiles. Aujourd'hui c'est à nous de lui rendre la pareille", disent les Egyptiens pour qui l'asile est un devoir sacré. Entourés de leurs quatre enfants, le shah et son épouse s'installent au palais de Koubeh, une ancienne résidence de la famille royale. Une demeure que le shah connaît bien : c'est là que, 42 ans auparavant, il a rencontré sa première épouse Fawzia, fille du roi Fouad Ier d'Egypte. Le 4 avril 1980, la maladie a progressé et les chirurgiens procèdent à l'ablation de la rate du souverain. Une troisième opération a lieu le 30 juin. Mohamad Reza ne s'en relèvera pas. Le shah in shah, roi des rois d'Iran, s'éteint le 27 juillet 1980, quelques minutes avant dix heures du matin.
(source :)


FAWZIEH


Fawzia d'Egypte

Téhéran, 26 Mai 1938
Mohamed-Reza a 18 ans. Il est fiancé à une princesse qu'il n'a jamais vue. Il est comblé. On la dit plus belle que le jour. Fille de feu le roi Fouad, Fowziéh est la soeur du jeune roi Farouk 1er d'Egypte. En arrangeant ces fiançailles, c'est à la dynastie que le roi a d'abord songé. Pas question de marier le prince à une Qadjar, l'ex-dynastie est déchue. Huit jours plus tard, une mission placée soue le haut patronage du Premier ministre, Mahmoud Djam, partira pour Le Caire pour mettre au point les préparatifs de mariage du prince héritier.

Le Caire, 15 mars 1939
Au palais Abdin, tout est ordre et beauté, luxe et volupté. Le faste ! Le peuple, rassemblé au passage du landau qui amenait le jeune prince iranien au palais, lui a montré qu'il l'avait adopté. La classe haute est sous le charme. Elle voit la délicieuse Fowziéh mariée à un futur roi. L'avenir semble donc assuré.

Téhéran,le 27 octobre 1940
La cour annonce : "Dieu a donné naissance à une fille au prince héritier." Ce sera Chahnaz.

Fin décembre 1945
La reine Fowziéh rentre quelques jours en Egypte. Elle se languit de la vie cairote et son mari est souvent retenu par ses obligations.

Le 18 novembre 1948
Le ministère de la Cour annonce la séparation du couple impérial. La reine Fowziéh est rentrée dans son pays depuis quelque temps, car l'atmosphère de la cour impériale iranienne ne lui convient pas, et Téhéran ressemble à un village. Chahnaz reste auprès de son père, elle a 7 ans.
(source : Les Chroniques de l''histoire)



La première femme du Shah d'Iran, Fawzia d'Egypte est toujours vivante. De son second mariage avec feu Ismael Shirine Bey sont nés deux enfants. Tous résident en Egypte.
De son premier mariage (avec le Shah d'Iran), elle eut une fille Shahnaz, née le 27 octobre 1940. Depuis la révolution islamique de 1979, Shahnaz réside en Suisse. De ses deux mariages sont nés trois enfants, deux filles et un fils.



GHOLAM

LE FREˆRE DU SHAH D'IRAN TE‰MOIGNE

LE RE‰GIME IMPE‰RIAL N'ETAIT PAS UN MODEˆLE DE DE‰MOCRATIE, mais ...

ALORS QUE LA COMMUNAUTE‰ MET EN GARDE L'IRAN, S.A.I. LE PRINCE GHOLAM-REZA PAHLAVI REVIENT, A L'OCCASION DE LA SORTIE DE SON LIVRE *, SUR LA CHUTE DU RE‰GIME QUI A MENE‰ AU REˆGNE DES AYATOLLAHS...
Par Adélaïde de Clermont-Tonnerre

LE PRINCE Gholam-Reza Pahlavi, fils de Reza le Grand, le fondateur de la dynastie Pahlavi, et frère du dernier shah d'Iran a été le témoin privilégié de leurs trente-sept années de règne. Dans un livre choc, il rompt le silence qui entoure la chute du régime pour révéler au monde sa version des faits. Sans mâcher ses mots, il met les puissances occidentales au banc des accusés et souligne leur contestable ingérence. Le prince répond aux questions, même les plus embarrassantes, pour rappeler la véritable histoire d'un pays qui fut tourné vers le progrès avant d'être livré aux abus de la charia. Mesuré, lucide et parfois nostalgique, il évoque aussi la vie quotidienne de la famille impériale, leurs joies et leurs douleurs, des palais de Téhéran jusqu'à leur dernier exil.


Point de Vue Pourquoi avoir décidé maintenant de faire ce livre ?
Gholam-Reza Pahlavi Parce que l'Iran est en ce moment le point de mire de tous les regards. Je vais citer mon frère, Mohammad-Reza Shah : "La sécurité du monde dépend de la sécurité de l'Iran. Si l'Iran tombe dans la terreur et la peur, le monde y tombera aussi." L'Iran impérial était un rempart contre le terrorisme international. Il a été vaincu par les mêmes forces qui, aujourd'hui au pouvoir à Téhéran, sont les complices de ceux qui cherchent à déstabiliser le monde.

Vous êtes à la fois le fils de Reza Shah le Grand, fondateur de la dynastie Pahlavi et par votre mère apparenté à l'ancienne dynastie Qadjar déchue en 1935 au profit de votre père. Comment expliquez-vous cette alliance ?
- L'union de mes parents était un mariage arrangé. En 1921, mon père, par sa seule qualité de chef de l'état-major, était incontestablement l'homme fort du régime et il voulait se lier à une grande famille respectable. Sans la connaître, il a demandé à mon arrière-grand-père, Madj-Dolwleh, la main de sa petite-fille. ce dernier a été contraint d'accepter, il était difficile de refuser quoi que ce soit à l'homme le plus puissant du pays.

Comment votre mère a-t-elle vécu ce mariage forcé ?
- Quand elle a appris la nouvelle, ma mère a paniqué. En quelques secondes, elle était en eau. C'était très angoissant d'aller vivre avec un homme plus âgé que son propre père, déjà marié deux fois et père de quatre enfants ! Comment pouvait-il être question d'amour dans une alliance conclue à la va-vite, à la cosaque pourrait-on dire, puisque mon père en était un ?

Cette union n'a pas duré. La presse de l'époque a parlé d'une maladresse de la part de votre mère qui aurait entraîné sa répudiation...
- Mes parents se sont séparés quelques mois après ma naissance, le 15 mai 1923. Pour Expliquer cette décision, on a dit que ma mère avait vendu sans son autorisation une bague de diamants offerte par mon père. Ce fut peut-être la raison invoquée, mais en réalité ma mère a été l'enjeu d'un combat qui la dépassait entre mon arrière-grand-père, Madj-Dolwleh, proche de la famille royale Quadjar, et mon père, homme qui dirigeait de fait le pays. Elle a été victime de l'orgueil de ces deux hommes qui symbolisaient deux époques de l'Iran.

Cette double appartenance Qadjar et Pahlavi vous a-t--elle aussi posé problème ?
-Mon père était très tendre avec ses enfants.. Il nous aimait tous beaucoup et ma mère a veillé à ne pas froisser la très autoritaire reine Taj ol Molouk pour que je reste en bons termes avec mes frères et soeurs. Mais ce n'est qu'à l'âge de dix ans que j'ai été considéré par mon père comme un Pahlavi à part entière. Avant, même en culotte courte et jouant aux billes, il me voyait comme son enfant chéri, mais aussi comme un de ces déconcertants Madj. Et certains devaient se demander si, tout fils de Bonaparte que j'étais, je n'éprouvais pas de nostalgie pour les Bourbons... Cela explique certaines injustices qu'à l'époque je ne comprenais pas, mais c'était mon enfance et je l'ai aimée.

Comment le jeune prince que vous étiez alors vivait-il entre ses parents divorcés, chose peu commune à l'époque ?
- Ce qui importe avant tout pour un enfant, c'est l'amour qu'il reçoit. Sur ce point, je fus comblé par ma mère. Avant elle, Reza Shah avait eu deux femmes. De la première, Maryam Khanum, il avait une fille, Hamdam. Avec la seconde, Taj ol Molouk, il avait une autre fille, Chams, puis le futur shah Mohammed-Reza et sa jumelle, Ashraf, et enfin Ali-Reza qui était à peine plus âgé que moi. Je l'adorais comme un frère jumeau. Esmate Dowlatshahi, sa quatrième épouse lui a aussi donné cinq autres enfants. toute cette tribu faisait du palais une grande cour de récréation. J'ai vécu là des heures de fous rires, de blagues et de jeux dont je conserve, comme la plupart des adultes, une grande nostalgie.

Pourquoi Reza Khan, le Premier ministre, est-il devenu le souverain Reza Shah ?
- L'Iran n'était plus une nation, tout au plus une zone d'influence. Il fallait mettre tout en oeuvre pour sauver le pays du naufrage et mon père avait perdu confiance en son souverain, absent depuis plus de deux ans du pays. Amhad Shah vivait le plus souvent en Europe, ne se souciant de l'Iran que pour veiller à ce que le ministère des Finances lui paie régulièrement les récoltes de ses immenses domaines. Je suis persuadé que si Amhad Shah était rentré et avait soutenu l'action réformatrice de mon père, ce dernier n'aurait jamais songé à la couronne.

Etes-vous fier du règne de votre père ?
- En tant qu'Iraniens, nous pouvons tous être fiers de ce qu'il a fait. D'une société féodale, Reza Shah a réussi à en faire un pays ouvert au monde et à ses idées. certains concepts comme la justice, l'éducation, le gouvernement central, la liberté des femmes, les ponts, routes, trains et barrages ont pris une signification réelle grâce à lui. Il a créé des écoles et des universités, interdit le port du voile, pacifié le pays, restauré son indépendance et adhéré à la Société des Nations. Vous pouvez me taxer de partialité : je parle évidemment ainsi parce qu'il était mon père. Mais une chose reste objective, si l'on peut critiquer sa politique, l'intégrité de l'homme est inattaquable.

Le 17 septembre 1941, en pleine Guerre mondiale et sous la pression des forces alliées, Reza Shah est contraint d'abdiquer en faveur de votre frère, Mohammad-Reza Shah, à peine âgé de 22 ans. Comment avez-vous vécu ce moment dramatique ?
- Comme la plupart des membres de la famille impériale, j'étais déjà parti pour Ispahan. Nous avons entendu la nouvelle de l'abdication de mon père à la radio. Très émue, la princesse Fawzia, l'épouse de mon frère, a quitté la pièce pour se réfugier sur le balcon. Je l'ai suivie et la voyant pleurer, j'ai essayé de la consoler. "Il ne faut pas être triste, vous êtes désormais la nouvelle reine d'Iran." Mais elle a continué à pleurer pour Reza Shah. Elle avait pour lui un très grand et très affectueux respect. J'en fus moi-même profondément ému.

Après son abdication, vous avez suivi votre père en exil. En quoi ce bouleversement a-t-il changé vos relations ?
- A l'île Maurice puis en Afrique du Sud, il avait plus de temps pour nous. Le petit déjeuner était libre, nous déjeunions tous ensemble avec lui et, le soir, mon père dînait souvent seul. C'est à ce moment que j'ai pu avoir de vraies conversations politiques avec lui. C'était passionnant. Il m'est arrivé, dans la fougue de ma jeunesse, de critiquer, voire de formuler des reproches sur la manière dont les choses s'étaient passées en Iran. Il me répondait alors : "Bien sûr, j'aurais pu faire mieux." J'ai réalisé plus tard combien mes reproches étaient injustes. Les enfants sont parfois tellement cruels avec leurs parents !

Votre père est mort en exil. En 1950, Mohammad-Reza Shah a pu rapatrier ses cendres, qu'avez-vous ressenti pendant cette cérémonie ?
- Mon frère nous attendait à la gare. Il s'est agenouillé près de la dépouille de notre père. Un grand silence s'est installé autour de nous. Mohammad-Reza Shah a alors perdu son contrôle habituel et s'est mis à pleurer. Je ne l'avais jamais vu pleurer de cette manière. Puis il s'est ressaisi et le cortège s'est ébranlé. Nous avons fait un long parcours à pied, entourés d'une foule immense, recueillie et silencieuse. Voir notre père retrouver enfin son sol natal a été un moment d'intense émotion.

1950, c'est aussi l'année où Mohammad-Reza Shah épouse la princesse Soraya. Quels étaient vos rapports avec celle dont le destin a ému le monde entier ?
- Cela commence comme un conte de fées. La fiancée appartenait au clan des Bakhtiari, tribu riche et puissante qui avait donné beaucoup de fil à retordre à mon père. Le mariage était somptueux. Les fêtes se succédaient au palais de Marbre et au palais du Golestan. La princesse était malade, mais elle a assumé avec beaucoup de courage la charge des cérémonies. Je me rappelle son visage lumineux malgré sa fatigue. Ses yeux brillaient comme les diamants de son diadème. Elle subjuguait. Ce mariage d'amour a amené une période de joie pour toute la famille. Nous sortions ensemble pour aller au cinéma, faire de grandes promenades en montagne, ou simplement boire un thé. Nous prenions au moins deux repas ensemble par semaine. La princesse était timide, gentille et incapable de dissimulation, ce qui lui valut rapidement des inimitiés à la cour.

Nous connaissons tous la triste histoire de la princesse Soraya. Comment ce divorce a-t-il été vécu au sein de la famille impériale ?
- Le fond du problème était la succession. La princesse ne pouvait avoir d'enfants. Mon frère et son épouse ont consulté les plus grands spécialistes du monde entier, en vain. Le shah était jeune et très amoureux de Soraya. Elle était follement éprise de lui. Mais elle refusait de voir en lui un souverain. Elle aurait voulu l'avoir pour elle seule, vivre son amour loin des contraintes. Ma soeur, la princesse Chams et la reine mère pensaient que l'absence d'un héritier nuisait au souverain. Mon frère, qui voulait rester fidèle à sa femme, a pensé instituer un de ses frères comme héritier ou même sa fille Shahnaz qu'il avait eue avec la reine Fawzia, en modifiant la constitution. Finalement, Soraya s'est enfuie en Europe, pensant que le shah la suivrait. Comme elle refusait la solution d'une seconde épouse, que permet la loi musulmane, il a finalement décidé de divorcer, un moment d'une grande tristesse.

Avez-vous personnellement pensé au trône ?
- Jamais ! J'étais le deuxième dans l'ordre de succession après mon frère Ali-Reza. La question ne s'est posée qu'une seule fois, après la mort tragique de ce frère que j'aimais tant. Mais le 31 octobre 1960, un an après son mariage avec Farah Diba, mon frère a enfin eu le bonheur d'avoir un héritier. J'étais incognito dans la foule lorsque la bonne nouvelle s'est répandue dans la ville. C'était une émeute de sympathie et de bonheur. J'ai remercié Dieu pour la naissance de cet enfant et pour toutes ces marques d'amour que mon frère méritait de recevoir.

Le portrait que vous faites de Sa Majesté Mohammad-Reza Shah va à l'encontre de l'image de tyran véhiculée par la presse et l'opinion publique occidentale...
- Je ne veux pas nier qu'il y ait eu des exactions sous son règne. Je ne peux pas dire que le régime impérial ait été un modèle de démocratie. Le shah lui-même n'a-t-il pas déclaré à un journaliste du magazine allemand Stern : "Il n'est pas raisonnable de parler de démocratie avec un tel taux d'illettrisme." Sont-ce les paroles d'un tyran ? Rien dans la vie de mon frère, je l'affirme avec force, ne peut laisser croire cela. Le shah aurait donné sa vie pour son peuple. Mon frère appartient à la lignée des souverains comme Louis XVI en France ou Charles 1er en Autriche, qui ont perdu le pouvoir parce qu'ils refusaient que le sang soit versé pour les défendre. Leur volonté de réforme était grande, les attentes du peuple immenses, mais les forces hostiles à toute évolution veillaient et ont fini par l'emporter.

Dans votre ouvrage, vous ne mâchez pas vos mots sur le rôle des puissances occidentales...
- La société iranienne n'était pas une société politiquement démocratique. Nous n'avions pas toutes les libertés, c'est vrai. Mais nous avions la liberté d'étudier gratuitement à l'université, de nous marier avec qui nous plaisait, de partir à l'étranger, de nous vêtir à notre guise, de choisir notre nourriture, de fréquenter qui nous voulions, de nous promener main dans la main avec nos amis. Nous avions la liberté religieuse, celle de travailler, de nous réunir, de faire la fête et de nous amuser. Au nom de quels principes l'Occident devait-il intervenir pour nous faire acquérir ces libertés politiques que nous n'avions pas, entraînant mon pays non vers la démocratie mais vers la tyrannie ,

Comment avez-vous vécu après la chute du régime votre second exil ?
- La rapidité des événements nous rendait incapables de comprendre ce qui se passait. Le décès de mon frère a été comme un point final. Après ses obsèques, nous avons mesuré l'ampleur de ce qui était arrivé. Le shah avait toujours été pour nous un point de repère, nous nous sentions orphelins. Nous vivions aussi dans la peur d'un enlèvement ou d'un attentat. Chaque jour nous apprenions de nouvelles exécutions atroces d'amis et de proches restés fidèles à la monarchie. Jamais je n'avais ressenti cette amère impuissance face au cours de l'histoire.

Quelles ont été vos sources de réconfort ?
- Mon épouse, la princesse Manijé **. Je dois la remercier d'avoir si bien su s'adapter à tout ce que nous avons vécu, tant au faîte des honneurs et des obligations en Iran, que sur les chemins de l'exil. Grâce à son intelligence, son courage, sa compréhension et sa douceur, nous avons gardé une famille unie. Nous avons pu élever nos enfants,*** les aider à finir leurs études et à créer chacun leur foyer. Nous sommes aujourd'hui les grands-parents heureux de six petits-enfants, dont les jumeaux de notre fils qui viennent à peine de naître !

C'est à eux que vous pensiez en réalisant cet ouvrage ?
- Les fils d'une histoire millénaire, interrompue il y a vingt-cinq ans, sont sur le point de se renouer. Ce livre est une réflexion, un message d'espoir pour mes enfants et la jeune génération qui sauvera et libérera mon pays, mais aussi pour mes petits-enfants et tous les enfants iraniens qui reconstruiront l'Iran libre de demain.




* "Mon père, mon frère, les shahs d'Iran. Entretiens avec Son Altesse Impériale le prince Gholam-Reza Pahlavi, frère du shah d'Iran", par S.A. Iman Ansari et Patrick Germain. Editions Normant, 336 p., 21 euros. [En vente chez Amazon au prix de 19, 95 euros. Possibilité l'acheter à partir de ce site (cf lien livres) ]
** descendante de la dynastie Qadjar. (LL.AA.II le prince Gholam-Reza Pahlavi et la princesse Manijé ont une résidence à Paris. ils se sont mariés en mars 1962. "En dépit de notre différence d'âge, notre vie conjugale a été une réussite", dit le prince).
*** Ensemble, ils auront deux filles, Maryam et Azar puis un fils, Bahram.
(source : Point de Vue n° 2957)



SORAYA


Le trésor de SORAYA

[La légende raconte qu'il fallut sept wagons d'un train spécial pour permettre à ses trésors de la suivre sur les chemins de l'exil, en Allemagne d'abord où vivait sa mère, née Eva Karl, puis en Italie où elle s'éprit du réalisateur Franco Indovina, qui disparut en 1972 dans un accident d'avion, et en France enfin, où elle vécut ses vingt dernières années avant d'y décéder le 25 octobre 2001. Elle avait brûlé sa correspondance intime en quittant le palais du Golestan à Téhéran en 1958.

Tous ses trésors dormaient au fond d'une cave.

Il y avait entre autres : un collier Bulgari composé de vingt saphirs sertis de diamants, un portrait d'elle par le Studio d'Harcourt, une peinture iranienne du XIXè siècle, une stèle égyptienne de l'Ancien Empire, une console en chêne époque Louis XIV, et des photos par milliers. Occasion de redécouvrir un passé méconnu. Ces photos racontent le destin de cette "princesse aux yeux tristes". Sur ses albums d'enfance, elle a gratté toutes les dates pour les effacer, car elle avait menti de deux ans sur son âge. Les plus grands portraitistes de cour l'ont immortalisée ensuite dans sa beauté, Harcourt, Sako, Kessel, Davis. Tout aussi émouvants sont les albums des fiançailles, du mariage ou des voyages officiels, soigneusement conservés et annotés, où l'on voit Soraya à Buckingham Palace, en Espagne, en Italie, en Inde, aux Etats-Unis avec le président Eisenhower ou chez Staline à Moscou. Souvenirs de ce règne éphémère, les décorations décernées par les chefs d'Etat étrangers, mais surtout l'ordre des Pléiades, ainsi baptisé car le prénom de Soraya signifie "constellation des sept étoiles" ou Grande Ourse, composé d'une plaque en émail bleu clair parsemée de sept étoiles en diamants. Des objets précieux rappellent les heures glorieuses où Soraya régnait sur le coeur du chah. Un porte-cigarettes en or surmonté de la couronne impériale en diamants, un nécessaire de voyage en or massif griffé Van Cleef & Arpels, un autre en or et lapis-lazuli avec son chiffre en brillants...

Sur les photos de l'époque on peut voir la princesse Soraya exhiber ses parures, un collier en diamants Bulgari arboré en décembre 1954 à la Maison-Blanche, un clip de revers en rubis de 40 carats qui impressionne Nehru à New Delhi en février 1956 ou un collier de perles porté chez la reine d'Angleterre. Toute la place Vendôme à Paris a oeuvré pour Soraya. Comme les grands couturiers, omniprésents dans ses somptueuses garde-robes : fourrures Christian Dior, collection de carrés Hermès, robes griffées Azzaro, Montana, Dior. Certains souvenirs historiques permettent également de lever le voile de mystère qui entourait la vie de la princesse Soraya. Ainsi en feuilletant les agendas en persan de la défunte princesse, peut-on constater avec surprise qu'elle avait revu le chah d'Iran après leur séparation, au hasard d'un séjour à Gstaad. De même, on croyait que l'empereur avait fait collecter en Italie tous les exemplaires du film à sketchs produit, en 1963, par Dino de Laurentis, "les Trois Visages d'une femme", réalisé par trois cinéastes - Bologni, Antonioni et Indovina -, dans lequel Soraya tourna. Dans la malle aux trésors, on a retrouvé non seulement les photos inédites du tournage, mais aussi sept des huit bobines d'un exemplaire du film qu'elle avait pieusement conservé.

Dans son domicile parisien, avenue Montaigne, décoré par Serge Robin, elle avait placé des tableaux orientalistes, quelques toiles modernes allemandes, des meubles Louis XIV ou Empire et de nombreux tapis persans des XVIè et XIXè siècles. Et de sa dernière période, la plus jet-set sans doute, elle avait gardé sa Rolls-Royce modèle Silver Spur, qui fut vendue avec tous ses souvenirs historiques et sa garde-robe impériale. Enfance insouciante en Allemagne, en Suisse, et en Grande-Bretagne, vie de cour à Téhéran, exil doré à Gstaad, à Rome, à Paris et à Marbella, les trois visages de la vie d'une femme au destin exceptionnel ont été réunis en mille lots, qui furent dispersés sous le feu des enchères.]
(source : Point de Vue)

Une légende aux enchères

Soraya en robe blanche, le jour de son mariage à Téhéran, le 12 février 1951. A l'annulaire de sa main gauche, un somptueux diamant de 22 carats, cadeau de fiançailles du shah. Soraya en robe de dentelles noire, au début des années 60. Elle danse dans un night-club de Rome. A ses oreilles, une étincelante paire de boucles d'oreilles d'émeraudes et de diamants. Soraya en bleu, lors d'une soirée parisienne, une plume d'autruche turquoise dans sa coiffure. Autour de son cou, un fabuleux collier de saphirs de Ceylan. Des images qui racontent une vie. Un légende qui débute comme un conte des Mille et Une Nuits et qui s'achève dans une solitude d'autant plus poignante qu'elle était luxueuse. Et toujours, sur chaque cliché, des bijoux. Des centaines de diamants, rubis, émeraudes et saphirs qui scintillent. C'est à eux qu'il est revenu d'écrire les dernières pages d'un destin hors du commun.

Solitaire, parure de turquoises et de diamants, collier de marguerites en diamants, parure de rubis cabochons, grosse aigue-marine, sac du soir en or et diamants, perles : autant de joyaux inclus dans la vente. Trois jours durant, fut dispersé l'un des écrins les plus fantastiques qui soient. Près de 400 joyaux montés par les plus grands joailliers, Van Cleef et Arpels, Bulgari, Cartier, Harry Winston, Lalaounis, Mauboussin... Sans oublier les parures orientales et les merveilleuses turquoises de Perse dont Soraya possédait une imposante collection. Le tout prudemment chiffré à 2,3 millions d'euros. Difficile pourtant de chiffrer la valeur sentimentale de ce trésor dont les plus belles pièces furent les témoins muets d'une histoire d'amour qui dura sept ans. Celle de Sa Majesté Impériale Mohamad Reza Pahlavi, shah-in-shah de Perse et d'une jeune fille aux yeux verts qu'il sera contraint de répudier parce qu'elle ne pouvait pas lui donner l'héritier qu'il espérait tant. Outre les bijoux, c'est tout l'univers quotidien de Soraya qui passa aux enchères durant ces trois journées : Robes, fourrures, décorations, meubles, tableaux, vaisselle...

C'est la princesse elle-même qui avait demandé à ce que tous les objets lui ayant appartenu soient vendus aux enchères après sa mort. Soraya avait elle-même éliminé toute trace de correspondance. Seules subsistaient dans son appartement quelques cartes de visite et feuilles de papier à lettres uniformément blanches. Cette femme quel'on disait absente, coupée des réalités du monde, avait préparé sa fin avec une lucidité troublante. En éliminant toutes les traces du passé, en faisant table rase des souvenirs. Comme si elle ne souhaitait confier à personne les secrets les plus intimes de sa vie. Comme si, par-delà la mort, elle laissait au public de ses admirateurs le loisir de continuer à rêver devant les photos, les robes, les objets et surtout les bijoux qu'elle avait tant aimés. Peut-être parce qu'ils étaient les seules preuves tangibles de ses sept années de bonheur sur le trône de Perse. Une manière de continuer à construire une légende, peut-être plus belle que son quotidien solitaire et sans joie.
(source : Point de Vue)

Une vie hantée par la solitude

[Son beau regard illuminait son visage. Mais on y lisait plus de gravité que de joie. Ils seront nombreux à être séduits par ce beau regard : l'acteur Maximilian Schell, François Moreuil, Gunther Sachs ; une idylle se noua à Rome avec le prince Orsini]

C'était il y a un peu plus de cinq ans. La princesse Soraya nous recevait dans son grand appartement de l'avenue Montaigne à Paris. Elle avait signé un livre, un roman historique sur la Perse du VIè siècle, et en assurait la promotion.* L'histoire retraçait le parcours de la reine Borann, une femme intelligente et rebelle, à l'écoute de son peuple, ennemie des intrigues de palais... Elle disait qu'il ne fallait pas faire de rapprochement entre elle et ce personnage féminin qui l'avait pourtant fascinée durant toute son enfance, mais elle avouait tout de même nourrir une grande nostalgie pour son pays. Curieusement, l'appartement ne reflétait pas cette mélancolie. Pas une photo, pas un souvenir, mais le luxe international d'un grand hôtel. A notre étonnement, elle répondait : "j'ai tout gardé en mémoire". La formule était charmante mais elle ne pouvait cacher une blessure jamais cicatrisée. Celle d'un destin cruel qu'elle n'avait pas su - pas pu - surmonter.

En 1961, elle publiait un autre livre, autrement plus personnel. Dans Le Palais des solitudes, la princesse Soraya racontait les jours heureux auprès du shah, puis la tristesse, la solitude, l'errance dorée. Lors de la répudiation, elle n'avait que vingt-cinq ans. Elle était très belle, très malheureuse et sans doute très influençable. Quelle attitude adopter après un tel coup du sort qui vous a rendu mondialement célèbre ? S'enterrer au fin fond de la campagne anglaise pour décourager les paparazzis, mais comment imaginer épouser un gentleman farmer quand on a été impératrice d'Iran ? Après s'être fourvoyée sur les plateaux de tournage de Cinecittà (En mars 1963, le producteur Dino de Laurentis propose à Soraya de tourner. Elle se laisse séduire par l'idée... qui n'aura pas d'avenir.),Soraya a cru trouver un compromis en devenant la reine de la jet set. (Chaque année, Soraya donnait une grande fête pour son anniversaire.)

C'était évidemment le mauvais choix. Sillonner le monde pour aller d'une fête à une autre, entourée de gens sympathiques qui vous font rire et oublier le temps d'une soirée le vide de votre existence, ce n'est pas le meilleur moyen pour retrouver l'équilibre. Les Bermudes, les Etats-Unis, la Côte d'Azur, l'Inde, l'Espagne, Soraya a tourbillonné, sans vraiment se poser. "Je menais une véritable vie de nomade, confessait-elle sur le ton de la plaisanterie. Au fond, comme mes ancêtres, les Bakhtiary." A une différence près : son grand-père régnait sur une grande partie du pays, il avait une armée de cavaliers et un bataillon de serviteurs. Soraya ne régnait que sur une cour de mondains.

Cette difficulté à se reconstruire s'expliquait aussi par le sentiment qu'une malédiction la poursuivait... Car le destin l'avait frappée une seconde fois. A Rome, Soraya avait réussi à reprendre espoir en tombant amoureuse d'un jeune réalisateur, Franco Indovina. (Une véritable histoire d'amour les unit durant cinq ans.) Mais l'idylle devait prendre fin tragiquement. L'avion qui emportait le compagnon de Soraya vers la Sicile s'écrasa. On imagine la force, le courage qu'il lui a fallu à nouveau pour redresser la tête. Alors, forcément, certains soirs, on a envie de danser et de s'étourdir, sans penser aux conséquences, sans se soucier du qu'en-dira-t-on.

Ces dernières années, Soraya voyageait moins, elle se partageait entre son appartement parisien et sa maison de Marbella. Pour rendre moins pesante sa solitude dorée, elle pouvait compter sur la présence de son chien Dandy et de quelques amis qui cherchaient à la distraire en l'emmenant dîner dehors. Mais les soirées de gala au Royal Monceau ou à l'Interalliée l'amusaient-elles encore ? Son coeur s'était arrêté de battre le jour où elle avait quitté l'Iran. Sa définition du bonheur appartenait au passé et toutes les paillettes de la vie sociale n'auraient pu supporter la comparaison. Et si elle continuait à vous accueillir une coupe de champagne à la main, il y a longtemps que le pétillement s'était enfui. Avec gravité et un sourire las, elle expliquait que si c'était à refaire, elle n'hésiterait pas. "J'ai beaucoup souffert, mais je préfère encore cela à une existence fade." Et d'ajouter ces mots qu'elle voulait positifs, mais qui sonnaient comme un aveu : "Comme j'ai perdu très jeune mon pays, je me sens bien partout". Un partout qui voulait aussi dire nulle part. (E.J. Point de Vue)

* Princesse d'Argile de Princesse Soraya
**Le film tourné par Dino de Laurentis a pour titre : Les Trois visages d'une femme" . La princesse Soraya y tenait le premier rôle.
(source : Point de Vue)

Le destin tragique de la princesse aux yeux tristes

Soraya, qui fut la seconde épouse du shah d'Iran, s'est éteinte à Paris le 25 octobre 2001.
La fin solitaire d'une princesse tragique qui est entrée dans la légende grâce à un mariage de conte de fées, suivi sept ans plus tard d'un divorce déchirant.


Tout le destin de Soraya tient en deux dates : 12 février 1951 - 14 mars 1958. La première est celle de son mariage avec le shah d'Iran. La seconde est celle de leur divorce, sept ans plus tard. Sept années de bonheur qui suffiront à changer le destin d'une jeune fille iranienne anonyme en celui de la "Princesse aux yeux tristes". Peu importe que sa vie se soit achevée dans la solitude à Paris le 25 octobre 2001. La solitude du coeur, l'exil du bonheur, elle les côtoyait depuis si longtemps qu'elle avait fini par s'y résigner.

Au commencement était une belle jeune fille. Le plus beau regard vert du monde. Par son père, elle appartenait à une très ancienne famille iranienne de la tribu des Baktiars. Par sa mère, en revanche, elle se rattachait à l'Europe, puisque cette dernière était d'origine balte. Depuis sa plus tendre enfance, Soraya avait vécu entre les deux cultures.

C'est une princesse qui donne le coup de baguette magique, qui transforme son destin. Au mois de septembre 1950 à Londres, Soraya est présentée à la princesse Shams d'Iran, soeur aînée du shah. La rencontre est-elle fortuite ? Sans doute pas. Le souverain, divorcé de sa première épouse la princesse Fawzia d'Egypte, cherche à se remarier pour assurer la succession à la couronne. Toute la famille impériale s'est donc mise en chasse. Toujours est-il que la jeune fille fait la conquête de la princesse qui discerne en elle toutes les qualités d'une future impératrice d'Iran. Elle est belle et incarne le type de jeune femme moderne avec laquelle Mohamed Reza Shah souhaite partager sa vie. Son extrême jeunesse, 18 ans, semble une garantie de sa docilité.

Shams décide de ramener Soraya à Téhéran. Deux jours après leur arrivée, la jeune fille est conviée à un dîner chez la reine mère Tadj EL Molouk. Déjà étonnée par la pluie d'honneurs qui s'abat sur elle, elle sursaute à peine lorsqu'un chambellan lance : "Sa Majesté, le shah". Elle n'est pas au bout de ses émotions. Le lendemain matin, son père lui annonce : "Soraya, tu as beaucoup plu au shah ! Es-tu prête à l'épouser ?" Vingt-quatre heures plus tard, les fiançailles sont publiées. La deuxième union du shah a été conclue en moins de trois jours.

Le mariage a lieu le 12 février 1951. Pour Soraya, il est une véritable épreuve physique. Elle relève d'une congestion pulmonaire et tient à peine sur ses jambes. Le palais est glacial et, afin de lui éviter de trop souffrir du froid, le shah a fait installer des dizaines de poêles. Jugeant la précaution insuffisante, le médecin de la cour lui a ordonné de porter un gilet de laine par- dessus sa robe jusqu'à la dernière minute. Sous ses jupons, elle a enfilé une paire de grosses chaussettes. Malheureusement pour la jeune mariée, Christian Dior, le couturier français chargé de réaliser la robe, a vu un peu trop grand et trop lourd. Les vingt mètres de soie blanche qui composent la robe et sa traîne sont surchargés de broderies d'or et de strass. Le tout pèse plus de trente kilos. Quelques minutes avant le début de la cérémonie, afin de soulager sa fiancée, le shah et un de ses aides de camps, munis chacun d'une paire de ciseaux, tranchent les huit mètres de traîne. Soulagée d'une partie de son armure de soie blanche, la nouvelle impératrice parvient à tenir jusqu'au bout de la réception qui suit la célébration religieuse.

Les premiers mois sont idylliques. Installés dans une grande villa blanche, le shah et son épouse vivent un roman d'amour sans nuages. Soraya est encore un peu gamine et pour l'instant, ses enfantillages amusent son époux et la cour. Certains, dont la reine mère Tadj EL Molouk, grognent bien un peu contre ses extravagances. N'a-t-elle pas adopté un dauphin pour lequel elle a fait construire une piscine dont l'eau est filtrée grâce à un coûteux système importé des Etats-Unis ? D'autres s'inquiètent qu'elle ne juge pas utile d'approfondir sa pratique du persan.

Lors d'un discours retransmis en direct à la radio iranienne, la jeune reine a en effet buté sur un mot qu'elle ne connaissait pas. Après avoir bafouillé quelques secondes, elle a tout simplement éclaté de rire. De simples peccadilles qui pèsent peu au regard du bonheur qu'affichent les deux jeunes gens. Le shah, la famille impériale, l'Iran n'attendent plus qu'une chose : la naissance d'un enfant. Or, justement, l'enfant ne vient pas.

Durant les premières années du mariage, la stérilité de la jeune reine passe à peu près inaperçue. L'Iran traverse en effet une nouvelle crise politique. La nationalisation des gisements et des raffineries, le 15 mars 1951, a suscité les foudres diplomatiques de l'Angleterre. Et l'arrivée au pouvoir d'un nouveau Premier ministre, Mohamed Mossadegh envenime le conflit. Défenseur d'un nationalisme sans concessions, ce dernier refuse toute négociation avec l'Angleterre, propriétaire des installations nationalisées. Le shah, qui sait ce qu'il peut en coûter de braver le gouvernement de Sa Majesté britannique, souhaite au contraire entamer des pourparlers afin de mettre en place un système d'indemnité. Porté par l'enthousiasme populaire, Mossadegh s'arc-boute sur sa position. La crise parvient à son paroxysme lorsqu'au mois d'août 1953, le shah décide de quitter le pays. Gardé à vue dans sa résidence depuis des mois, il s'enfuit avec Soraya à bord d'un petit avion qui les conduit en Italie. Le couple impérial s'installe dans un grand hôtel de Rome, pour le plus grand bonheur de Soraya qui n'aspire qu'à une vie calme loin de l'agitation de la politique et des coups d'Etat. Sa félicité sera de courte durée. Le geste du shah suffit à faire basculer l'opinion. Il est rappelé par le parlement trois jours plus tard. Il rentre immédiatement en Iran. Mossadegh est traduit devant un tribunal d'exception qui le condamne à mort. Le shah commue la peine en trois années de détention. Le drame intime du couple impérial devient public un an plus tard, au mois d'octobre 1954. Le soir du 26, jour anniversaire du shah, sa mère décide de donner un grand dîner familial dans son palais. L'ambiance est assez tendue. Le médecin de Soraya vient d'annoncer une fois de plus que ses espérances de grossesse ne sont pas fondées et qu'il faudrait sans doute attendre quelques années avant que la chose soit possible. Le shah, déjà d'humeur morose, se met franchement en colère lorsqu'on lui annonce que son frère Ali Reza, héritier de la couronne, ne sera pas présent. Il est retenu par une partie de chasse dans les forêts qui bordent la Caspienne. Le lendemain, la famille impériale effondrée apprend que son avion s'est écrasé alors qu'il rentrait à Téhéran. Au-delà du deuil familial, cette terrible nouvelle plonge les Pahlavi et la monarchie iranienne dans une véritable crise dynastique. A la suite de la mort de son frère cadet, le shah se retrouve dans la position délicate d'être le seul souverain du monde qui ne dispose d'aucun héritier. Dès lors son bonheur avec Soraya est condamné. La pression politique et familiale se fait de plus en plus forte sur le couple impérial. Toutes les solutions sont envisagées. En désespoir de cause, le problème est soumis à un conseil de sages qui propose la solution classique prônée par le Coran : le mari dont la femme est stérile doit prendre une seconde épouse. L'arrangement est jugé inacceptable par le shah aussi bien que par Soraya. Il ne leur reste plus qu'une issue : le divorce. Il est prononcé le 14 mars 1958. Largement pensionnée par son ex-époux, titrée Altesse Impériale, Soraya s'installe à Paris où elle deviendra une icône de la jet-society.

C'est là qu'elle a achevé sa vie, un soir d'automne dans la solitude dorée de son appartement de l'avenue Montaigne. La fin presque logique d'un destin poignant. Une dernière fois sans doute, des dizaines de milliers d'anonymes de par le monde lui rendront un hommage silencieux, ému et sincère.

[Soraya aura été une jeune femme moderne et une éblouissante Première dame. Plusieurs fois au cours de ces sept années de bonheur, Soraya perdra l'espoir de donner un héritier à l'Iran. Après sa répudiation et une vie d'errance, la princesse partageait son temps entre Paris et sa maison de Marbella. Si elle avait surtout trouvé refuge à Paris, elle n'était jamais parvenue à tourner la page et à se reconstruire un bonheur serein.]
(source : Point de Vue)

BIOGRAPHIE de
SON ALTESSE IMPERIALE LA PRINCESSE
SORAYA
Esfandiary Bakhtiary

A Ispahan, dans un jardin planté de roses, de pavots et de jasmin, une petite fille, Soraya Esfandiary, regarde le ciel où passe, au loin, l'avion du Roi des Rois. L'inaccessible Shah-en-Shah qui, moins de dix ans plus tard, deviendra son époux.
Née en 1932 à Ispahan, capitale de l'Empire perse, Soraya Esfandiary appartenait à la tribu des Bakhtiaris. Son grand-père en avait été Sardar Assad (chef suprême) à la fin du XIXè siècle. Elevée dans une école iranienne fondée par des missionnaires anglais, elle est envoyée en Suisse pour poursuivre ses études. Lorsque le chah divorce, en 1949, d'avec Fawzieh, soeur du roi Farouk d'Egypte, la cour pense aussitôt à la tribu des Bakhtiaris qui occupe une place importante dans la géographie politique iranienne puisque de nombreux gisements de pétrole sont situés sur son territoire. La soeur du chah, envoyée à la rencontre de la jeune femme, est séduite par son exceptionnelle beauté, et le mariage de Soraya avec Mohamed Reza Pahlavi est célébré le 12 février 1951. Un mariage tout droit sorti d'un conte des Mille et Une Nuits pour une jeune fille de dix-sept printemps. Mais le rêve tourne au cauchemar.
Pendant deux ans, l'impératrice partage avec son mari les vicissitudes d'un règne agité. Il lui faudra supporter les intrigues de la cour. Et rapidement se pose le problème de la descendance, le trône d'Iran étant sans héritier depuis la mort du frère de l'empereur, en 1954, dans un accident d'avion. Répudiée par le souverain après sept ans pour n'avoir pu lui donner d'héritier, le 13 février 1958, la princesse Soraya quitte Téhéran.
L'ex-impératrice, titrée princesse Soraya par son époux, ne reviendra plus en Iran.
Soraya, la princesse triste (elle sera surnommée dorénavant "la reine triste"), tente d'oublier son drame dans l'ivresse des mondanités. Devenue une icône de la jet set, elle noie sa solitude d'une fête à l'autre.
Elle séjourne alors en Europe, et tente sans succès d'entamer une carrière d'actrice en interprétant Les trois Visages d'une femme, de l'Italien Mauro Bolognoni, en 1964. mais son destin la rattrape. Comme si son avenir, décidément, était derrière elle. "J'ai tout gardé en mémoire" répondait-elle lorsque l'on s'étonnait de ne rien trouver chez elle qui rappelait son passé. Et si à Rome, auprès de Franco Indovina, un jeune réalisateur, elle reprend goût à la vie, le bonheur lui échappe à nouveau, à cause d'un terrible accident d'avion dans lequel Franco meurt.
Elle s'était établie définitivement à Paris à la fin des années 70. Dotée de confortables revenus, elle y menait une existence triste, mais luxueuse entre son appartement de l'avenue Montaigne, sa villa de Marbella en Espagne et quelque séjours réguliers à Saint-Moritz ou à Monaco. Elle se rendait aussi souvent en Allemagne (elle était demi-allemande par sa mère).
Usée par le sort, elle s'est éteinte un jour d'hiver comme elle avait vécu, solitaire dans son appartement de l'avenue Montaigne, à Paris, le 25 octobre 2001.
Son seul héritier, son frère Bijan Esfandiary, qui résidait à Cologne, en Allemagne (pays dont il avait adopté la nationalité) est mort d'une crise cardiaque, trois jours à peine après sa soeur.

En 1991, la princesse avait publié son autobiographie, Le Palais des solitudes.
En 1987, elle s'était rendue en Egypte. Elle put s'incliner sur la tombe de Mohamed Reza.
A la fin de son livre, elle raconte :
"J'ai serré la main de Bijan.
Comme Reza Shah, son père, Mohammed Reza repose à jamais en terre étrangère, loin de la Perse, ce pays qu'il aimait à s'en écarteler.

Le Caire... La Sicile. Mohammed Reza... Franco. Et me reviennent en mémoire ces vers de Khayyâm :
" Sur les tombes des rois s'élancent les gazelles.
Sur celle du poète pousse la marguerite."
Vous étiez différents.
Et je vous ai aimés."

LA PRINCESSE SORAYA

La 2ème épouse du Chah d'Iran, Soraya Esfandiary, est née en 1932 à Ispahan, capitale de l'Empire perse. Elle appartenait à la tribu des Bakhtiaris. Son grand-père en avait été Sardar Assad (chef suprême) à la fin du XIXè siècle. Elevée dans une école iranienne fondée par des missionnaires anglais, la future reine est envoyée en Suisse pour poursuivre ses études. Lorsque le Chah divorce, en 1949, d'avec la princesse Fawzieh, soeur du roi Farouk d'Egypte, la cour pense aussitôt à la tribu des Bakhtiaris qui occupe une place importante dans la géographie politique iranienne puisque de nombreux gisements de pétrole sont situés sur son territoire. La soeur du chah, envoyée à la rencontre de la jeune femme, est séduite, et le mariage de Soraya avec le souverain est célébré le 12 février 1951.

Soraya était d'une exceptionnelle beauté. Et le mariage semblait tout droit sorti d'un conte des Mille et Une Nuits pour une jeune fille de dix-sept printemps.

Mais le rêve a tourné au cauchemar.

Pendant deux ans, l'impératrice partage avec son mari les vicissitudes d'un règne agité, mais rapidement se pose le problème de la descendance, le trône d'Iran étant sans héritier depuis la mort du frère de l'empereur, en 1954, dans un accident d'avion. Le chah la répudie en 1957 et, le 13 février 1958, la princesse Soraya quitte Téhéran. Celle que l'on surnommera désormais "la princesse aux yeux tristes" séjourne alors en Europe, et tente d'oublier son drame dans l'ivresse des mondanités.

Devenue une icône de la jet set, elle noie sa solitude d'une fête à l'autre, s'essaie - sans succès- à la carrière de comédienne en interprétant en 1964, Les Trois Visages d'une femme, de l'Italien Mauro Bolognoni. Mais son destin la rattrape. Comme si son avenir, décidément, était derrière elle. "J'ai tout gardé en mémoire" répondait-elle lorsque l'on s'étonnait de ne rien trouver chez elle qui rappelait son passé. Et si à Rome, auprès de Franco Indovina, un jeune réalisateur, elle reprend goût à la vie, le bonheur lui échappe à nouveau, à cause d'un terrible accident d'avion. Usée par le sort, elle s'est éteinte, comme elle avait vécu, solitaire dans son appartement de l'avenue Montaigne dans le VIIIè arrondissement de Paris, à l'âge de 69 ans, le jeudi 25 octobre 2001. Son corps fut trouvé chez elle, par sa femme de ménage.

En 1991, la princesse avait publié son autobiographie, Le Palais des solitudes.



REZA


Spéculations autour de Reza Pahlavi, "parrain de coeur" de la princesse Louise

BRUXELLES - La princesse Louise, petite-fille du roi des Belges Albert II, n'a toujours pas de parrain six mois après sa naissance et Reza Pahlavi, le fils du shah d'Iran, de confession musulmane, pourrait devenir parrain "de coeur" de la princesse à défaut de l'être officiellement. Juste après la venue au monde de sa fille en février, le prince Laurent, fils cadet du roi Albert, avait déclaré avoir un "ami musulman" à qui il "souhaitait confier ce rôle de parrain", sans dévoiler son identité. Les médias belges avaient évoqué le nom de Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et est un ami du prince Laurent et de son épouse la princesse Claire, ce qui avait causé l'embarras du gouvernement belge, soucieux d'éviter une crise avec Téhéran. Ce lundi, le Palais royal à Bruxelles indiquait qu'"aucune date" n'avait encore été fixée pour le baptême de Louise, huitième petit-enfant des souverains belges et onzième dans l'ordre de succession au trône de Belgique et qu'aucun nom de parain n'a été officialisé. Pourtant, selon le journal belge Vers l'Avenir, une cérémonie pourrait avoir lieu en septembre. Mais, affirme le quotidien, "la princesse Louise n'aura pas de parrain aux yeux de l'Eglise catholique", le droit canon ne reconnaissant pas de parrains d'autre obédience que la confession catholique. Reza Pahlavi devrait cependant assister au baptême de Louise et, "dans le coeur de Claire et de Laurent, il sera considéré comme parrain", relève le journal, qui souligne toutefois que "rien ne pourra être officialisé". Le porte-parole des évêques de Belgique souligne qu'aux yeux de l'Eglise, pour qu'un baptême ait lieu, il "suffit" que soit le parrain, soit la marraine, soit catholique. Si l'un des deux ne l'est pas, "on ne peut pas lui demander de s'engager à aider les parents dans l'éducation catholique de leur enfant". Mais il "a sa place dans la cérémonie, c'est une sorte de parrain de coeur", a ajouté le porte-parole des évêques.
(source : AFP)



FARAH


"JE PORTE L'IRAN EN MOI, COMME UNE FEMME SON ENFANT"
UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DE SA MAJESTE‰ FARAH PAHLAVI

DEPUIS L'EXIL ET LA MORT DE SON EPOUX, LE SHAH D'IRAN, LA VIE DE L' IMPE‰RATRICE FARAH AURAIT PU N'ETRE QU'UNE LONGUE SE‰RIE DE DRAMES. "Il Y A HEUREUSEMENT DES MOMENTS DE BONHEUR", NOUS A-T-ELLE CONFIE, ENTOURE‰E DE SA FAMILLE, DANS SA MAISON DE WASHINGTON. PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-JACQUES BRUGES

POINT DE VUE Madame, il y a vingt-cinq ans, le 27 juillet 1980, Mohammad Reza Pahlavi, shah d'Iran, votre époux, s'éteignait au Caire, dix-huit mois après votre départ en exil. Vous vous êtes longuement exprimée dans vos Mémoires sur ces jours difficiles. Pensez-vous aujourd'hui être libérée de votre chagrin ?
FARAH PAHLAVI Libérée, je ne le serai jamais. Il y a les drames personnels (la perte de mon mari, la tragique disparition de ma fille). Il y a aussi le sort terrible de mon pays ; le chagrin causé par la mort de tant d'Iraniens, assassinés ou tués à la guerre et la misère de mes compatriotes. Des blessures si graves que les cicatrices en sont indélébiles.

Au-delà des difficultés de l'exil et de la disparition de la princesse Leila, quels ont été les moments les plus pénibles de cette période ?
- Il y a toujours des moments douloureux. Pour tenir, je me dis que la vie est une lutte permanente, pour chaque être humain sur terre. On peut perdre son pays, des êtres chers, sa fonction, son rang. Mais il ne faut perdre ni courage ni espoir. Ne pas laisser "les ténèbres vaincre la lumière". Il faut essayer de transcender les mesquineries des êtres et les problèmes de la vie quotidienne pour éviter de se laisser déprimer, détruire et ainsi perdre vraiment the struggle for life (la bataille pour la vie). Le plus dur, c'est l'inconstance des hommes à cause de laquelle des personnes que vous pensiez proches et fidèles, sur lesquelles vous croyiez pouvoir compter, se retournent contre vous. Affronter le mensonge est une douloureuse épreuve. En fait, même si on accepte la vie telle qu'elle est, l'être humain tel qu'il est, le constat de ses manquements est chaque fois une mauvaise surprise. On ne peut pas en vouloir à ceux qui sont descendus dans la rue. Nous nous connaissions des ennemis idéologiques. Par contre, la trahison de ceux qui nous semblaient les plus proches m'a fait très mal. Un jour, pour l'histoire, j'écrirai ce qui s'est vraiment passé après l'exil, ce qui s'est passé après la mort du roi. Je me suis toujours tenue au-dessus de la mêlée. Je n'ai jamais voulu descendre dans la boue avec les autres. Mon but était ailleurs, mais certaines choses qui appartiennent à l'histoire doivent être dites. Certains se sont permis d'écrire des mensonges. Un jour, je donnerai ma version. Je rectifierai leurs propos. Je dois faire éclater la vérité. J'espère que j'aurai, avec l'aide de Dieu, la force de le faire avant de disparaître.

Si la vie pouvait se réécrire, que remettriez-vous en question au cours de ces vingt-cinq dernières années ?
- J'y pense souvent. Mais je garde en mémoire la formule d'Einstein : "Avec toute l'énergie du monde, on ne peut pas retourner une seconde en arrière." Je veux oublier les problèmes que j'ai rencontrés au cours de ces terribles années. Je veux les transcender pour aller de l'avant. Aujourd'hui, je suis différente de celle que j'étais il ya vingt-six ans. Ce genre d'hypothèse ne sert à rien. Je souffrirais trop si je pensais que j'aurais pu agir différemment. D'ailleurs, on ne change pas complètement. Chacun a son caractère et je considère que l'expérience a pu m'apprendre comment gérer ma vie. Cependant, quelle que soit l'expérience, il arrive que l'on refasse les mêmes erreurs. Mon défaut principal : j'accepte trop... je ne sais pas refuser. Le temps me manque. Je n'arrive pas à tout faire. parfois cette trop grande disponibilité me fatigue et m'éloigne des véritables priorités. Mais quelles sont-elles ? Téléphoner à une Iranienne qui a un problème à Téhéran, n'est-ce pas une priorité ? Est-ce que cela ne mérite pas qu'on laisse de côté autre chose ? Le choix est souvent difficile. Vis-à vis de mes enfants, les problèmes que je connais en exil sont identiques à ceux que je connaissais en Iran. Devais-je, avant toute autre chose, m'occuper d'eux ? Assumer mon devoir et mes responsabilités de shahbanou, n'était-ce pas aussi pour leur bien ? Je me souviens d'une réflexion de ma fille aînée Farahnaz. Je venais de lui dire : "Je ne sais pas si ce que je fais relève de mon destin ou de mon choix." Elle m'a répondu : "C'est un destin qui ne te laisse pas beaucoup de choix." Elle a raison.

Durant ces vingt-cinq années, quelques moments de bonheur vous ont été accordés : le mariage de Reza, la naissance de vos trois petites-filles. Pouvez-vous nous en parler ?
- Heureusement qu'il y a eu ces moments. Le mariage de Reza avec Yasmine, une brillante jeune Iranienne, m'a remplie d'aise. Puis il y eut la naissance de mes petites-filles, avec chacune leur caractère, et l'affection qu'elles me portent. C'est une véritable source de joie et d'énergie sans cesse renouvelée que je connais avec Noor, Iman et maintenant la petite Farah, adorable comme ses soeurs. De toute façon, chacun doit chercher dans sa vie les moyens de retrouver de la force en prenant tout ce qui est positif pour pouvoir oublier les problèmes et surmonter les difficultés. Je remercie chaque jour le Ciel pour l'affection de mes enfants, de mes petits-enfants et de mes amis, pour m'avoir permis de profiter de la nature, des oiseaux, du soleil, de la littérature, de la méditation, bref tout ce qui vous donne des vibrations positives.

Pensez-vous, Madame, que pour votre fils Reza II, le fait de ne pas avoir d'héritier mâle puisse être un problème pour l'avenir ?
- Je ne le pense pas, parce que dans l'histoire de l'Iran, il y a eu plusieurs souveraines régnantes. Si l'Iran de demain, Inch Allah !, redevient un pays libre et démocratique, tous les citoyens disposeront des mêmes droits, notre Constitution devra être amendée dans ce sens. Si une monarchie constitutionnelle est rétablie - ce qui me semble le régime le mieux adapté à notre pays -, une femme pourra devenir reine ou occuper toute autre situation. Ce ne sera pas comme aujourd'hui où les 89 femmes qui auraient souhaité poser leur candidature à la présidence de la République ont été renvoyées dans leur foyer sous la seule allégation qu'elles n'avaient pas le droit d'être candidates. La République islamique n'a pas pu remettre en cause le droit de vote des femmes, ni leur éligibilité. Cependant, de nombreuses lois qui protégeaient les femmes ont été abrogées ou modifiées à leur désavantage. Aujourd'hui, une femme iranienne ne peut plus demander le divorce et, lorsque la séparation est prononcée, les enfants sont automatiquement confiés à la garde de leur père ou à la famille de celui-ci. Mes compatriotes ne sont plus des citoyennes à part entière. Certaines activités et de nombreux postes de responsabilité leur sont interdits. Ainsi une femme ne peut plus être juge parce que ces messieurs considèrent qu'une femme ne peut être équitable. Une de nos plus célèbres compatriotes, Chirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2003, était juge avant la révolution. Elle a été démise de ses fonctions par la République islamique, et, pire, pendant cinq ans, on lui a refusé le droit d'exercer sa profession d'avocate. Plus dramatique, cet abaissement de la femme s'accompagne d'un délaissement de l'esprit de famille. Le gouvernement islamique l'avoue : il y a un million d'enfants sans protection dans les rues de la capitale. Et peut-être autant en province. Contraints par la misère, beaucoup de jeunes Iraniens, garçons et filles, s'adonnent à la prostitution. Et à ce cortège de malheurs s'ajoute la drogue.

La princesse Farahnaz et le prince Ali Reza sont toujours célibataires. Vous est-il arrivé d'évoquer avec eux cette réserve ?
- Oui, bien sûr. Parfois. N'importe quelle maman souhaite que ses enfants aient un foyer, des enfants. Mais je ne veux pas mettre de pression sur eux dans ce domaine. Ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils doivent faire. Tant qu'ils sont en bonne santé et bien dans leur peau, je suis heureuse.

Vous étiez veuve à 40 ans. Comment avez-vous vécu ces vingt-cinq dernières années ?
- Après la mort de mon mari, j'ai continué à vivre avec lui, avec mon pays, pour mon pays et j'ai été tellement occupée par mes responsabilités que je n'ai jamais eu un seul instant pour penser à autre chose. Il y a eu des moments très difficiles. J'ai réussi à les surmonter et les difficultés se sont petit à petit, comment dire, "allégées" de lueurs d'espoir. Je ne regarde que les aspects positifs : l'Iran a su conserver son intégrité territoriale. Et pourra, quand il aura recouvré complètement sa liberté, retrouver sa place dans le concert des nations. Je sais que les Iraniens de tous les âges, de tous les milieux, de toutes les tendances idéologiques, ne veulent plus de cette République islamique. Ils souhaitent une démocratie, un gouvernement laïc. Cette lueur d'espoir ne peut que se développer. Je suis certaine qu'elle se concrétisera et aboutira un jour à la vraie lumière.

Etes-vous sûre ?
- Pour survivre, c'est indispensable et j'essaie donc de l'être. Chaque jour, je me dis qu'il faut transcender les problèmes quotidiens, pour ne conserver que l'essentiel. Même si je passe par des moments de grande tristesse, j'essaie d'en tirer des leçons positives pour le présent et le futur. Tant qu'on est vivant, il faut garder espoir. Je refuse de me plaindre. Je ne dis pas que c'est facile, mais ainsi je suis en paix avec moi-même, mieux encore "à l'intérieur de moi-même". Si je me laissais toucher par toutes les mesquineries, toutes les bassesses, les trahisons, je serais détruite et ce serait un cadeau offert à ceux qui veulent me faire du mal. Je préfère vivre avec les valeurs positives qui m'ont été transmises par la société, par la religion, les grands poètes et les philosophes. J'essaie de cette manière de me protéger.

Où que vous habitiez, votre cadre de vie est toujours iranien...
- En exil, on se retrouve tout à coup privé de ce qu'on avait l'habitude de voir, de sentir, de goûter, de toucher, d'entendre. Plus on a ce genre d'objets autour de soi, moins on se sent hors de chez soi. J'ai dans mon bureau une vingtaine de photos d'Iran qui m'ont été envoyées par des compatriotes, à ma demande. Chaque fois que je pénètre dans cette pièce, ces photos juxtaposées me rappellent mon pays et, au-delà de la nostalgie qui m'envahit, elles m'apportent un réconfort.

Pourquoi avoir choisi de vivre à Washington ?
- A une certaine époque, quand Leila était encore parmi nous, nous avions envie d'être plus près de New York. Personnellement, je suis incapable de vivre en plein coeur de New York. Donc Greenwich était le choix idéal. Ensuite, j'ai dû vendre notre résidence de Greenwich. Et finalement, j'ai été soulagée de ce choix car j'aurais été incapable de vivre dans cette maison après la disparition de ma plus jeune fille. Mon fils Reza m'a suggéré de venir habiter près de lui, à Washington. J'ai beaucoup hésité parce que j'avais l'habitude de l'ambiance new-yorkaise. Washington, c'est un autre monde. Mais ici, je suis à cinq minutes de mes petites-filles, ce qui me ravit. Je peux ainsi les voir très souvent, presque quotidiennement. Enfin, on ne peut pas dire que je suis vraiment installée ici. Je vis toujours entre la France, les Etats-Unis et l'Egypte.

[La princesse Iman vient de fêter son douzième anniversaire ce 12 septembre. Sa soeur aînée, Noor, est âgée de 13 ans. Farah est née le 17 janvier 2004.]

[Si la monarchie était un jour rétablie en Iran, la princesse Noor pourrait être l'héritière du trône. En attendant de connaître un jour leur pays, les trois princesses, qui parlent le fârsi, découvrent la culture millénaire de l'Iran grâce à des professeurs et à leur grand-mère.]

[La maison de Farah est située à cinq minutes en voiture de celle de son fils aîné. Reza et son épouse Yasmine vivent eux aussi à Greenwich, dans la banlieue de Washington, avec leurs trois filles. Le couple fêtera l'an prochain ses vingt ans de mariage.]

[L'Impératrice possède un tableau peint par Douglas Johnson, un artiste américain, à la fin des années 80, la représentant avec ses enfants et sa mère, Mme Dibah. Il en existe deux versions conservées par Farah à Paris et à Washington.]
(Point de Vue n° 2980 - semaine du 31/8 au 08/09/05)

UNE FEMME TOUT SIMPLEMENT

Ce qui frappe, c'est sa voix, un peu rauque, hésitante, comme si elle cherchait toujours le mot juste. Comme si elle avait peur de se tromper. Farah Pahlavi, la seule femme couronnée du monde musulman, connaît le poids de l'histoire et celui du destin. "Un destin, elle l'avoue elle--même, qui n'en finit pas. Parfois j'ai l'impression d'avoir vécu deux cents ans !"

Tout débute à Paris en 1959. Mademoiselle Dibah est une jeune étudiante en architecture, issue d'une excellente famille de diplomates iraniens. Son père est mort quand elle avait 5 ans et sa mère a tenu à lui donner une éducation moderne : école française tenue par des religieuses catholiques, scoutisme et basket-ball. Son baccalauréat en poche, elle s'est inscrite à l'Ecole d'architecture du boulevard Raspail. Elle rencontre Mohammed Reza Pahlavi à l'occasion d'une visite officielle du souverain iranien en France. Quelques mois plus tard, ils se revoient à Téhéran. Le monarque a répudié Soraya. Il cherche une épouse capable de lui donner la descendance que le pays attend. Farah remplit toutes les qualités, elle est jeune, belle, profondément iranienne, mais ouverte sur le monde moderne.

Le reste appartient à la légende : le mariage de conte de fées dans les salons du palais du Golestan, les fabuleux joyaux de diamants, d'émeraudes, de perles, la naissance des quatre enfants : Reza, Farahnaz, Ali Reza, Leila, le couronnement en 1967, les fastueuses fêtes de Persépolis... Et puis la chute ! Un jour de janvier 1979, le rêve de Farah se brise sur le tarmac de l'aéroport de Téhéran. Quelques fidèles sont venus entourer le couple impérial qui part pour un voyage, poliment qualifié de provisoire. Pourchassés, les souverains les plus puissants du monde ne sont plus que des intrus, politiquement gênants, repoussés -quand ils ne sont pas trahis- par leurs amis de la veille. L'exil du shah s'achève au Caire, au cours de l'été 1980. Seul le président Sadate a eu le courage de lui offrir un asile pour mourir en paix. Dès lors, Farah continue son errance, seule :"On ne peut pas aimer un autre homme lorsqu'on a eu dans sa vie un mari comme le mien. Il est dans mon coeur pour toujours, et plusieurs fois par jouir je pense à lui. Le bonheur que j'ai connu durant ces années auprès de lui me permet, aujourd'hui, d'avoir un peu de paix intérieure." Après vingt années d'anonymat, après vingt années de règne, débute alors sa troisième vie, vingt années d'exil. Entre l'Egypte, où elle revient tous les ans pour l'anniversaire de la mort du shah, les Etats-Unis, où vivent ses enfants, et la France, sa seconde patrie.

2001 lui réserve la plus grande épreuve. Quelques mois après sa mère, qui meurt à Paris à l'âge de 80 ans, c'est sa fille cadette, Leila, qui quitte les siens, un soir du mois de juin. Anorexique depuis des années, elle ne s'est jamais remise ni de l'exil, ni de la mort de son père, ni du mal de vivre qui la tenaillait depuis des années. On parle de suicide : "Faux, rétorque Farah. Leila est morte d'avoir pris des somnifères un soir où son angoisse a été trop forte. Une personne en bonne santé s'en serait remise, mais son organisme était affaibli d'avoir tant lutté pour surmonter ses problèmes d'anorexie, de dépression, de fatigue." Depuis, Farah ne s'attend plus au bonheur. Elle sait qu'elle a vécu le meilleur et le pire de la vie. Elle a connu les plus grandes joies et les plus grandes peines. Elle a incarné le pouvoir et côtoyé la trahison. Surtout, elle a aimé et a été aimée. Sa quatrième vie a commencé. Elle n'est plus impératrice, ni veuve tragique, ni mère courage... Elle est une femme tout simplement. Un être humain qui n'a plus peur. Ni de la vie. Ni de la mort. (V.M.)

(Point de Vue 18/01/06)

Farah Diba : "Ma vie"
La dernière impératrice

"Lorsque j'ai demandé à Farah Diba si elle accepterait de rédiger ses Mémoires, elle a souri en répondant :"Vous n'êtes pas le premier à me le proposer." Bernard Fixot est un éditeur heureux. Il est "celui" qui a obtenu que l'impératrice parle. Le contact date de onze ans, c'est dire les réticences, la souffrance face à cette vérité que la souveraine estime devoir aujourd'hui à ses enfants et au peuple iranien. Elle se souvient de son enfance, de sa gloire. Elle raconte, et cela devient un thriller, la violence des chantages politiques autour du Shah en exil, et puis sa mort. Elle exprime sa foi en l'avenir de l'Iran. Le livre paraît en Europe (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne...) et aux Etats-Unis. Pour "Le Figaro-Magazine" du Samedi 11 octobre 2003, des extraits de son livre.
(Patrice de Méritens)

" Le chagrin me broie le coeur, intense, intact, quand je me remémore ce matin de janvier 1979. Un silence angoissant s'était abattu sur Téhéran, comme si notre capitale, à feu et à sang depuis des mois, retenait soudain son souffle. Ce 16 janvier nous partions, nous quittions le pays, estimant que le retrait momentané du roi contribuerait à calmer l'insurrection. La décision en avait été prise une dizaine de jours plus tôt. Officiellement, nous nous envolions pour quelques semaines de repos à l'étranger. C'est ainsi que le roi avait voulu présenter les choses. Y croyait-il ? L'immense détresse que je lisais par instants dans son regard me laissait penser que non. (...)
Il avait neigé, le vent acerbe des sommets de l'Alborz soulevait ici ou là des tourbillons cristallins dans le soleil levant. La nuit avait été calme, étrangement calme, de sorte que le roi avait pu dormir quelques heures, au moins ça. Affaibli par la maladie, secrètement miné par les événements, il avait beaucoup maigri au fil de l'année passée. Et puis ces dernières semaines, en dépit de la loi martiale, chaque nuit des manifestants étaient parvenus à grimper sur les toits, bravant les militaires, et leurs cris de haine nous étaient arrivés jusqu'au palais. "Allâh-o akbar, marg bar shâh ! (Allah est le plus grand, mort au shah ! ) J'aurais tout donné pour protéger le roi de ces insultes.
Nous étions sans enfants désormais. Les visites impromptues de ma petite Leïla, le regard timide et plein d'amour de Farahnaz pour son père, les blagues et les rires d'Ali-Reza, extravagances affectueusement tolérées par mon mari, avaient déserté le palais. J'avais repoussé leur départ jusqu'au dernier moment, pressentant qu'il signerait sans doute la fin d'une vie familiale qui nous avait comblés près de vingt années durant. Notre fils aîné, Reza, se trouvait aux Etats-Unis où il suivait une formation de pilote de chasse. Alors âgé de 17 ans, il téléphonait quotidiennement de là-bas. J'essayais de le rassurer. (...) Dans le même temps, généraux, politiciens, universitaires et quelques religieux se succédaient au palais pour faire part à mon mari de leurs suggestions. Certains prônaient une solution pacifique et politique. D'autres le suppliaient d'autoriser l'armée à ouvrir le feu et, invariablement, le roi leur rétorquait qu'un souverain ne peut sauver son trône au prix du sang de ses compatriotes, "un dictateur, oui, mais pas un souverain". Et, fermement, il les éconduisait. (...)
Luttant contre le vent, nous gagnâmes l'appareil que nous utilisions pour les voyages officiels, un Boeing 707 bleu et blanc baptisé Shâhine, "Epervier". Parvenu au seuil de la passerelle, le roi se retourna et le petit groupe qui nous escortait s'immobilisa. De ce face-à-face, je conserve la mémoire d'une émotion insoutenable. Les hommes présents étaient des officiers, des pilotes, des personnalités de la Cour, des membres de la garde impériale qui avaient tous largement fait preuve de leur courage, et cependant on les sentait là dans une indescriptible détresse. Un à un, ils baisèrent la main du roi, leurs visages noyés de larmes. (...) Aussitôt à bord, le roi s'assit aux commandes de l'appareil. Du décollage, je n'ai conservé aucun souvenir, hébétée par la violence de ce que nous venions de vivre.


(Dans l'avion qui l'emporte vers l'Egypte, Farah se souvient de leur première rencontre : au printemps 1959, à l'ambassade d'Iran à Paris. Elle a 20 ans et suit des cours d'architecture à l'école du boulevard Raspail. Quelques semaines plus tard, à Téhéran, la voilà invitée chez la première fille du Shah, la princesse Shahnaz...)

Nos rapports devinrent suffisamment amicaux pour qu'il me proposât de l'accompagner de temps en temps dans ses promenades en voiture autour de Téhéran. Ainsi nous quittions la ville pour une heure ou deux à bord d'un véhicule rapide, discrètement suivis par une automobile de la Sécurité. Nous apprenions à nous connaître, lui plus que moi, parce que je n'osais pas encore l'interroger, mais nos conversations ou nos silences, étaient toujours détendus - il avait vraiment le don de me mettre à l'aise, d'un mot, d'un sourire. Alors, je pouvais me laisser aller au plaisir d'être là, près de lui. C'était en même temps simple et enivrant. (...) Une nouvelle invitation à dîner de la princesse Shahnaz ma parvint. Nous étions nombreux, ce soir-là, autour du roi, une vingtaine peut-être. Les conversations étaient légères, et le roi souriant, ne laissant rien paraître des soucis, ou des tensions, qui devaient inévitablement l'habiter. Comme nous étions au salon, je vis soudain les convives s'éclipser un à un, et nous nous retrouvâmes, le souverain et moi, seuls sur un canapé. Alors, très sereinement, il me dit quelques mots de ses deux unions précédentes, la première avec la princesse Fawzia d'Egypte qui lui avait donné sa fille Shahnaz, la jeune princesse, la seconde avec Soraya Esfandiari Bakhtiari, dont il avait espéré vainement un fils. Puis il se tut, me prit la main et, plongeant son regard dans le mien, il me dit : "Acceptes-tu de devenir ma femme ? - Oui ! Je répondis "oui" immédiatement, parce qu'il n'y avait pas à réfléchir, parce que je n'avais aucune réserve, c'était oui, je l'aimais, j'étais prête à le suivre. (...) "Reine, ajouta-t-il, tu auras beaucoup de responsabilités à l'égard du peuple iranien."

(En 1962, le Shah lance la "Révolution blanche" : réforme agraire, nationalisation des forêts et pâturages, privatisation d'entreprises d'Etat, participation des ouvriers aux bénéfices, projet de vote des femmes. Farah s'engage dans cette action, voyage dans toutes les régions...)

Je présidais des réunions de travail avec le gouverneur, les maires, les représentants de telle ou telle catégorie de la population. Quand les ministres étaient là, ils entendaient de leurs propres oreilles, mais je demandais de toute façon à mon chef de cabinet de tout noter. Ici, ils sollicitaient l'eau potable, l'ouverture d'une route ; là, un bâtiment scolaire digne de ce nom et un bain public ; ailleurs encore, une antenne médicale. Ce qui me bouleversait chaque fois, c'est qu'en dépit de leur dénuement je percevais leur amour pour le roi... J'avais le sentiment qu'ils étaient pleinement conscients de l'engagement total du roi pour l'Iran, conscients qu'il faisait l'impossible pour les soulager mais qu'on ne pouvait pas combler du jour au lendemain un retard de plusieurs siècles.
Jamais, durant ces voyages, je n'entendis s'exprimer l'opposition des religieux à l'émancipation de la femme, ou à la réforme agraire. Partout ces mollahs, qui devaient plus tard plonger le pays dans la guerre et l'obscurantisme, m'accueillirent avec des mots élogieux pour mes oeuvres sociales, et des sourires que je croyais sincères. Certains l'étaient sans doute. Les chefs religieux chiites ne me serraient pas la main, mais les sunnites le faisaient. Tous me sollicitaient surtout pour la restauration des lieux saints. Ils connaissaient l'intérêt que je portais à ces sanctuaires, où j'éprouvais le désir de me recueillir.
J'aimais l'imprévu dans ces voyages, ce qui surgissait sans qu'on s'y attende, car alors j'avais la certitude d'atteindre l'Iran profond. Quand je me déplaçais en hélicoptère, et que nous survolions un village, une oasis, un paysage qui soudain provoquait en moi une émotion particulière, je demandais au pilote de se poser. Une fois, en Azerbaïdjan, j'avais dû insister pour qu'il atterrisse en bordure d'un lac teinté d'une grande poésie. L'endroit était absolument désert et le pilote ne comprenait pas ce qui m'y attirait. Or, à peine étions-nous posés que nous vîmes accourir des collines des femmes, des enfants, et puis des cavaliers. Nous étions, les uns et les autres, éblouis de nous découvrir là. Eux n'en croyaient pas leurs yeux : j'étais véritablement tombée du ciel dans le dernier lieu où on m'aurait attendue ! Et moi, j'étais si heureuse de cette rencontre laissée aux bons soins du hasard... Un quart d'heure plus tôt, ni eux ni moi ne la préparions, et à présent nous étions face à face. Certains hommes s'agenouillèrent, mais les femmes pour la plupart laissèrent éclater leur joie. Ce fut un moment magnifique qui effaça d'un coup toutes les fatigues. Elles m'embrassèrent, me pressèrent sur leur coeur comme si j'étais l'une d'entre elles de retour au pays. Beaucoup me recouvraient la tête de leur voile, dans ce geste familier de chez nous, et leur salive sur mes joues était comme une marque vivante de leur affection. (...)

(Printemps 19777 à Paris, premier coup du destin : Farah apprend que le Shah est atteint depuis quatre ans d'une maladie du sang, dite "de Waldensröm", qui affecte sa rate. Agissant à l'insu du roi, les médecins estiment cette révélation nécessaire. Bien que le diagnostic ne soit pas énoncé formellement, l'impératrice comprend qu'il s'agit d'un cancer...)

Je garde de cette rencontre un sentiment d'effroi glacial que le temps n'a pas effacé.

(Deux ans plus tard, affaibli, le roi en exil atterrit à Assouan, première étape d'une longue errance...)

Ce 16 janvier 1979, en milieu d'après-midi, flottait sur la ville une douceur presque printanière. Le président Sadate, son épouse et leur fille nous attendaient sur le tarmac. Sachant dans quel état nous étions, tout en ignorant la maladie du roi, ils nous reçurent avec une affection particulière. Lorsque mon mari eut achevé de descendre lentement l'échelle de coupée, le président égyptien s'avança et l'étreignit. "Soyez assuré, lui dit-il, que ce pays est le vôtre, que nous sommes vos frères et votre peuple."
Le roi, dont l'épuisement était manifeste, laissa alors percer une grande émotion et, durant un instant, les deux hommes se figèrent, les yeux dans les yeux. Puis Jehan Sadate m'embrassa très tendrement, avec des mots de bienvenue pleins de chaleur, et comme sa fille à son tour me sautait au cou, j'eus soudain le sentiment de retrouver la bienveillance d'une véritable famille après des mois de tension, de déchirements.
(...) Six jours seulement après notre arrivée en Egypte, nous nous envolâmes pour le Maroc. L'invitation du roi Hassan II avait soulagé mon mari, qui ne voulait pas abuser de l'hospitalité du président Sadate. Ce dernier, pourtant, avait renouvelé son invitation, faisant notamment valoir que l'Egypte était plus proche de l'Iran pour entreprendre la résistance qu'il imaginait. (...) Le 1er février, nous apprîmes par la radio l'arrivée à Téhéran du "Guide" de la Révolution. (...) Cependant, Alexandre de Marenches, le patron des services spéciaux français, avait rencontré mon mari à Marrakech pour lui exposer les risques que nous faisions courir à notre hôte, le roi du Maroc. Ils étaient d'ordre diplomatique, bien sûr, mais également privé puisque, d'après M. de Marenches, l'ayatollah Khomeyni avait ordonné à ses fanatiques d'enlever des membres de la famille royale pour les échanger ensuite contre nos propres personnes. M. de Marenches en avait informé le roi Hassan II qui, avec beaucoup de courage, lui avait rétorqué : "C'est abominable, mais ça ne change rien à ma décision. Je ne peux refuser l'hospitalité à un homme qui vit un moment tragique de son existence !"
Il nous fallait trouver un autre asile, c'était urgent.


(Un séjour médical du Shah à New York provoque la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran. Les mois s'écoulent. Dans un contexte de crise aigue, séparé de ses enfants, le couple impérial passe du Maroc aux Bahamas, puis au Panama. L'état de santé du roi s'aggrave. Les médecins concluent à l'urgence de l'opération, mais les équipes ne sont d'accord ni sur les actes chirurgicaux à accomplir, ni sur la thérapie elle-même. L'Iran de Khomeyni appelle au meurtre et réclame l'extradition du Shah. Trop d'enjeux politiques, désormais, empêchent l'intervention.)

J'appelai Jehan Sadate, qui prenait régulièrement de nos nouvelles. J'avais compris qu'aucun médecin n'opérerait jamais mon mari au Panama, que notre situation était sans espoir. "Venez, me dit-elle, nous vous attendons en Egypte."
(...) Quatorze mois d'errance, de souffrances multiples, d'humiliations venaient de s'écouler et, comme pour les effacer, le président Sadate et son épouse nous attendaient au bas de la passerelle, sur le traditionnel tapis rouge. La Garde d'honneur était également là. Le roi en fut touché au point que ses yeux s'embuèrent. Comme il l'avait fait quatorze mois plus tôt, Anouar el-Sadate l'étreignit avec chaleur. Le roi était affaibli.
Le président égyptien nous avait fait préparer le palais Kubbeh, qu'un beau parc isole des bruits de la ville et, symboliquement, il tint à en faire les honneurs au souverain malade avant de l'accompagner jusqu'à l'hôpital militaire Maadi où une aile lui avait été réservée. Les conditions étaient enfin réunies pour que fût menée cette ablation de la rate préconisée un an plus tôt par le professeur Flandrin, lors de notre séjour aux Bahamas, et sans cesse ajournée depuis. Les conditions étaient également rassemblées pour faire venir les enfants... Ils arrivèrent très vite, et pour la première fois depuis les temps lointains et heureux de Téhéran, nous nous retrouvâmes en famille, sans crainte d'être chassés du jour au lendemain. Cinq jours s'écoulèrent avant l'intervention, cinq longs jours que je vécus dans une grande angoisse...

(Opération "techniquement" réussie. Mais, le 16 juillet 1980...)

Le roi semblait miraculeusement récupérer ses forces, si bien que je décidai d'envoyer à Alexandrie nos trois plus jeunes enfants. Je voulais les sortir de cette ambiance terriblement angoissante de l'hôpital dans laquelle ils vivaient depuis un mois.
Or, le soir même, mon mari sombra brusquement dans une sorte de coma. "C'était l'époque du jeûne, écrira plus tard le professeur Flandrin, et dans ce pays de stricte observance qu'est l'Egypte, il n'était pas question de changer les habitudes. Nous rentrions en fin d'après-midi à l'hôtel Méridien pour ne retourner à l'hôpital Maadi qu'à la nuit, une fois le jeûne rompu, et après que notre chauffeur se fut restauré. (...) Quand nous arrivâmes, régnaient un silence inhabituel à l'étage et une atmosphère de consternation. La situation s'était brutalement aggravée, et nous n'avions pas été prévenus de l'événement qui devait dater de deux heures à peine. (...) Je me souviens particulièrement du spectacle poignant de la grande fille, Farahnaz, pelotonnée à genoux au bord droit du lit, et qui tenait en l'embrassant la main de son père, avec sur le visage une espèce de sourire extatique, et répétant en persan : "Baba, Baba." Sur le bord gauche du lit, nous continuions à surveiller la tension artérielle et à passer le sang à la pompe. Nous nous limitâmes aux seuls gestes qui étaient raisonnables, et le monarque s'éteignit paisiblement au matin. Sous l'oreiller du défunt, Sa Majesté la reine retira alors devant mes yeux le petit sachet contenant de la terre d'Iran emportée au moment de l'exil." (...)
Farahnaz était en effet au bord du lit de son père, Reza se tenait au pied, et moi de l'autre côté, près des médecins. Le roi eut deux brèves respirations, puis il inspira longuement et se figea, c'était fini.
EXTRAITS CHOISIS PAR PATRICE DE MERITENS
(pour Le Figaro Magazine du 11 octobre 2003)

Confession
FARAH PAHLAVI
"J'ai écrit pour ne pas devenir folle"

Ses mémoires font un tabac, sa troisième petite-fille est née le 17 janvier chez son fils Reza, le public l'adore... Des bonheurs fugaces pour une femme au destin exceptionnel et tragique. En exclusivité, Farah revient sur ses épreuves. Et parle de la mort en toute sérénité.
Par Vincent Meylan

Point de Vue : Votre livre de mémoires s'est vendu à 250 000 exemplaires, aviez-vous envisagé un tel succès ? Farah Pahlavi : Jamais à ce point ! Détrôner le fils du général de Gaulle* qui m'a précédée pendant plusieurs semaines en tête des ventes n'a pas été facile (elle rit). Mon livre est traduit en espagnol. En mars, il va sortir aux Etats-Unis, en Allemagne et même en République tchèque. Mais ce qui me fait surtout plaisir, c'est de savoir qu'il se vend sous le manteau, en français, à Téhéran.

Comment expliquez-vous un tel engouement ? Mon destin de jeune fille normale devenue reine qui a presque tout perdu est extraordinaire. En plus, ce succès, je l'ai d'abord obtenu auprès des Français qui m'ont adoptée le jour où ils ont découvert Farah Diba, une jeune Iranienne, étudiante en architecture à Paris, soudain devenue la fiancée du shah d'Iran. Leur intérêt ne s'est jamais relâché. Dans la rue, les gens me reconnaissent, ils m'accostent ou me font un sourire. D'ailleurs, depuis la sortie du livre, je découvre une nouvelle génération. Des jeunes qui m'ont vue à la télévision ou entendue à la radio et qui me demandent une dédicace pour leur mère, leur grand-mère ou leur tante. Au-delà de ma personne, peut-être est-ce aussi l'Iran qui intéresse. Beaucoup de lecteurs m'ont avoué avoir découvert un pays dont ils entendent parler depuis des années, mais dont ils ne soupçonnaient ni la beauté, ni la culture, ni les traditions.

Vous y évoquez la condition de la femme iranienne. Comment avez-vous réagi en apprenant que l'avocate Shirine Ebadi avait reçu le prix Nobel de la Paix en 2003 ? Cela a renforcé la confiance que je porte à mes compatriotes depuis vingt-cinq ans. Elles ont montré leur courage et leur force en luttant, à leur manière, pour conserver leurs rares droits, notamment celui de voter, obtenu en 1963. Le régime islamique n'a pas pu abolir toutes les réformes mises en place par le roi, mon époux. Elles continuent à aller à l'université, à faire des études. Elles veulent s'éduquer malgré tout ce que l'on a fait, pendant un quart de siècle, pour les en empêcher.

Face à la manifestation de femmes voilées en France, la semaine dernière, que ressentez-vous ? Sans rentrer dans des considérations de politique intérieure, je me contenterai de dire qu'il faut respecter les lois et les traditions du pays dans lequel on vit. Il est très facile de porter le voile dans un pays démocratique, mais je ne suis pas certaine que ces femmes sachent exactement quelles en sont les conséquences dans les pays où il est obligatoire. Le divorce islamique, qui permet aux hommes de répudier leurs femmes du jour au lendemain ; la question de la garde des enfants, automatiquement attribuée aux maris ; le témoignage en justice d'un homme, qui vaut celui de deux femmes ; l'accès aux études, aux postes, aux salaires égaux, la lapidation, la flagellation... je pense à tout cela quand je vois des femmes qui manifestent pour le port du voile. Les pages les plus douloureuses et les plus tendres de votre livre sont consacrées à Leila, votre fille. Dieu sait combien de fois par jour je pense à elle. Leila avait un coeur d'or, elle était intelligente et dotée d'un fort caractère, et elle aimait la vie. C'était la plus sociable de mes quatre enfants. Malheureusement, nous n'avons pas pu, ou pas su, être suffisamment à côté d'elle, pour la soutenir quand elle en avait besoin.

C'était aussi la plus fragile ? Etant la plus jeune, elle est celle qui a le plus souffert des moments dramatiques que nous avons vécus au début de notre exil. L'un des événements les plus durs de ma vie a été de quitter New York avec mon mari, après son opération, en étant obligée de la laisser derrière moi. Sans même pouvoir lui dire au revoir et l'embrasser. Bien sûr, elle était avec ma mère, mais à 9 ans, elle s'est réveillée un matin et j'étais partie. A l'époque, je luttais pour sauver la vie de mon mari, atteint d'un cancer, qui me semblait le plus directement menacé. Le pire pour Leila a été de lire pendant des années des articles dans lesquels son père était décrit comme un tyran sanguinaire. Pour les autres, l'Iran était un problème politique abstrait. Pour elle, c'était une blessure intime.

De quoi est-elle morte ? Elle ne s'est pas suicidée comme on l'a beaucoup dit. Leila est morte d'avoir pris des somnifères un soir où son angoisse a été trop forte. Une personne en bonne constitution s'en serait remise, mais son organisme était affaibli d'avoir tant lutté pour surmonter ses problèmes d'anorexie, de dépression, de fatigue. Ce qui me touche, c'est le souvenir lumineux qu'elle a laissé. Beaucoup d'Iraniens, en exil et à l'intérieur du pays, ont pleuré sa mort. On m'a dit que des bougies ont été allumées et des fleurs déposées devant les grilles de notre palais de Niavaran. Tous les jours, des Iraniens qui viennent en voyage en France demandent où elle est enterrée. Tous les jours, sa tombe est fleurie par des anonymes.

Quelques mois auparavant, vous aviez perdu votre mère ? Dans le cas de ma mère, âgée de 60 ans, j'ai au moins eu la satisfaction d'avoir été près d'elle au moment de sa mort. Je sais qu'elle m'a reconnue. On ne se révolte pas contre la mort d'une personne de cet âge, même si on souffre. Dans le cas de Leila, je n'étais pas là, et elle avait 31 ans. Ca, c'était insupportable... J'ai tenu parce que je n'avais pas le choix. Je me devais d'être là pour mes autres enfants et mes petites-filles. Mon livre m'a aidée à surmonter l'épreuve. En 1990, j'avais signé un contrat, mais je n'avais jamais réussi à l'écrire. J'ai commencé quand Leila était déjà gravement malade. J'allais devenir folle. Dans les moments très douloureux, écrire est une manière d'extirper la souffrance du quotidien pour la mettre symboliquement ailleurs, loin de soi. L'écriture et le fait d'avoir ce livre pour objectif, c'est ce qui m'a permis de me réveiller le matin. C'était une thérapie et aussi un but sans lequel je n'aurais pas pu tenir.

Avez-vous eu recours aux médicaments ? Les antidépresseurs aggravent mon état. A certains moments, j'ai dû en prendre mais je me suis sentie tellement plus mal que j'ai arrêté tout de suite. Pour être honnête, je dois dire que j'ai toujours une pilule sur moi lorsque je sors, au cas où... Elle est dans mon sac et me rassure car j'ai parfois des moments d'angoisse.

Au point d'avoir envie de tout laisser tomber ? Cela m'est arrivé plusieurs fois et pas uniquement lors de la mort de Leila. Mais, tout au long de ma vie, le sentiment de ma dignité m'a sauvée. Dans les pires moments, je me disais : on peut tout perdre, chacun d'entre nous à son niveau, mais il faut essayer de conserver sa dignité et son courage. C'est la vraie lutte de la vie.

Même lorsqu'on perd son enfant ? Depuis la mort de Leila, je ne m'attends plus au bonheur. Je sais qu'il me manquera toujours quelqu'un. Je me satisfais de petites joies. S'il fait beau un matin, je suis contente. C'est la même chose avec la nature, les fleurs, la musique. Surtout, je me dis que j'ai vécu jusqu'à maintenant, que j'ai passé des périodes très difficiles et qu'il ne me reste pas tellement d'années devant moi. Alors tant mieux. La date de ma mort se rapproche et j'y pense souvent sans inquiétude ni tristesse.

Vous vous dites vraiment ça ? Je me le dis et, en tous cas, j'espère avoir passé le pire. Certains jours, il m'arrive d'être très fatiguée et déprimée. J'essaye alors de trouver des moyens comme le sport ou la méditation pour remonter la pente et reconquérir cette énergie qui me fait défaut.

Avoir moins peur de la mort parce qu'on a le sentiment d'avoir vécu pleinement, est-ce votre définition du sens de la vie ? J'ai eu une vie bien remplie. Et, surtout, j'ai eu ces vingt années de règne qui m'ont permis de réaliser des projets concrets. En les évoquant, je pense au roi, mon mari, qui m'a donné cette position exceptionnelle grâce à laquelle j'ai pu vivre très préservée. Je ne pouvais être ni envieuse ni jalouse ou ambitieuse, j'avais tout. Même si la vie m'a rattrapée, je me suis toujours efforcée de revenir, dans mon esprit en tout cas, à cette période. Le bonheur que j'ai connu durant ces années auprès de lui me permet, aujourd'hui, d'avoir un peu de paix intérieure.

Vous arrive-t-il d'être lasse de ce destin exceptionnel qui dure depuis... ...Qui n'en finit pas, vous pouvez le dire ! Parfois j'ai l'impression d'avoir vécu deux cents ans ! Souvent, je pense à Jacques Brel qui a tout quitté pour vivre dans les îles et je me dis que j'aimerais faire la même chose. Mais cela m'est interdit, alors je continue. J'espère au moins que ma mort sera intéressante, elle aussi.

Qu'est-ce qu'une mort intéressante ? Mourir en Iran, peut-être. Après vingt années d'anonymat, vingt années de règne en tant qu'impératrice et vingt-cinq années d'exil, ce serait ma quatrième vie.

Pensez-vous que le destin va vous faire ce cadeau ? Souvent, on me demande comment j'aimerais que l'on se souvienne de moi ? En réfléchissant, je me dis que j'ai eu une vie beaucoup plus riche que n'importe qui. En bien et en mal. Alors, peu importe la manière dont cela se terminera. J'ai déjà eu mon cadeau du destin.

Plus que le destin, c'est votre époux qui vous a fait ce cadeau. C'est la raison pour laquelle vous n'avez jamais souhaité vous remarier ? On ne peut pas aimer un autre homme, lorsqu'on a eu dans sa vie un mari comme le mien. Il est dans mon coeur, pour toujours. Plusieurs fois par jour, je pense à lui et à ma petite Leila. Je leur parle et ils m'aident.

PROPOS RECUEILLIS PAR VINCENT MEYLAN (Point de Vue n° 2897-semaine du 28/01 au 03/02/04)
Mémoires, Farah Pahlavi, éditions XO
* De Gaulle, mon père, par Philippe de Gaulle, entretiens avec Michel Tauriac, Plon.



LEILA


Le tragique destin d'une princesse trop fragile

Le 10 juin 2001, la deuxième fille du shah et de l'impératrice Farah, est morte à Londres. Elle avait trente et un ans. En apparence, la vie lui avait tout donné, fortune, intelligence et beauté. Il lui manquait la force de résister à un destin tourmenté.

C'est la police britannique qui a découvert le corps de Leila d'Iran dans la soirée du 10 juin. Depuis deux ans et demi, la fille cadette du shah occupait en effet une suite à l'hôtel Saint Léonard, un palace situé près de Marble Arch, dans l'un des quartiers élégants de Londres. Entre deux voyages en France où sa mère réside une partie de l'année, et aux Etats-Unis, chez son frère Reza, c'est en Angleterre que la princesse s'était fixée. Elle y est morte, seule, loin de son pays et de sa famille.

C'est à son frère aîné Reza, chef de la maison impériale, qu'est revenu le triste devoir d'annoncer officiellement la nouvelle. Juste avant de monter dans l'avion qui devait le conduire en Europe, il a rédigé un communiqué qui a été diffusé dès le lendemain matin : "Avec une très grande douleur et un profond chagrin, j'annonce la disparition de ma bien-aimée soeur, la princesse Leila Pahlavi, après une longue maladie. Je prie le Tout-Puissant pour le repos de son âme."

Le même jour, l'impératrice Farah diffusait elle aussi un communiqué : "C'est avec tristesse et une grande douleur que je dois faire part aujourd'hui de la disparition de ma fille Leila Pahlavi, à Londres, dans la nuit du 10 juin. Au cours des dernières années, Leila avait été très déprimée. Le temps n'avait pas atténué ses blessures. Exilée à l'âge de neuf ans, elle n'a jamais surmonté la mort de son père, Sa Majesté Mohammad Reza Shah Pahlavi, dont elle était particulièrement proche. Elle n'a jamais pu oublier l'injustice et les conditions dramatiques de notre départ d'Iran et l'errance qui a suivi. Je prie le Dieu tout-puissant pour le repos de l'âme éternelle de ma chère Leila qui a rejoint son père au paradis."

Longue maladie, dépression, blessures psychologiques, les raisons ne manquent pas pour expliquer cette disparition tragique. Les proches de la famille impériale savaient que, depuis déjà des années Leila souffrait d'anorexie, le plus grave de tous les troubles du comportement alimentaire qui se traduit par un refus d'absorber la nourriture. Elle aimait sortir, briller et ceux qui la croisaient dans les soirées n'apercevaient qu'une silhouette filiforme, des gestes gracieux, un visage troublant de finesse. C'est seulement lorsque l'on se retrouvait en tête à tête avec elle que l'on pouvait apercevoir l'angoisse qui se dissimulait derrière tant de beauté. Il suffisait de la voir cramponnée toute la journée à sa Thermos de café pour le comprendre. L'autre signe qui ne mentait pas était cette propension étrange qu'elle avait à se livrer rapidement. Dès que son interlocuteur lui prêtait une oreille bienveillante ou même simplement attentive, la conversation évoluait automatiquement vers les sujets les plus intimes, ses peurs, ses déceptions, ses nostalgies. Plus que des confidences, c'était bien son angoisse profonde qu'elle révélait ainsi, en retenant à peine ses larmes. Née sur les marches d'un trône le 27 mars 1970, elle n'en regrettait ni les fastes, ni un statut protocolaire, mais plutôt l'auréole de bonheur et de sécurité qui entourait alors son existence.

En réalité, les fêlures de l'âme de la princesse Leila étaient multiples. On ne meurt pas simplement de l'exil ou de la douleur causée par la disparition prématurée d'un père. Même si les premiers chocs remontent effectivement à cette époque. Il suffisait pour s'en convaincre de l'entendre raconter la mort du shah, au Caire, le 27 juillet 1980, alors qu'elle avait à peine dix ans : "Le samedi soir, le téléphone a sonné. Nous étions partis nous reposer au bord de la mer, à Alexandrie. C'est mon frère aîné Reza qui a répondu. Il est devenu tout blanc. Ma soeur Farahnaz s'est mise à pleurer et lorsque j'ai demandé ce qui se passait, on m'a répondu : "Rien, ne t'inquiète pas." On devrait toujours dire la vérité aux enfants. J'avais très bien compris que papa était en train de mourir. Le lendemain, nous sommes allés à l'hôpital. Je voulais absolument pénétrer dans sa chambre pour le voir une dernière fois. C'est son vieux valet de chambre qui m'en a empêchée en me disant : "Non princesse, je crois que c'est mieux ainsi." Il devait penser que ce spectacle serait trop impressionnant pour une enfant de mon âge. J'ai suivi son avis et je m'en suis voulu pendant des années."

Contrairement à ses frères et soeur, Leila n'avait jamais réussi à se constituer des défenses contre les nombreuses agressions du monde extérieur. Elle cherchait sa place. Et c'est en ce sens que l'exil se révélait insupportable. L'affection dont l'entourait sa mère, l'impératrice Farah, ne lui suffisait pas pour lutter contre les peurs héritées des traumatismes du départ. Un rêve qu'elle racontait souvent les résumait toutes : "Je suis restée à l'intérieur du palais, et je sais que si l'on me trouve on va me couper la tête."

Dans le domaine sentimental, elle n'avait pas réussi à trouver un équilibre. Jamais, en effet, elle n'avait pu se défaire du sentiment qu'on ne s'intéressait à elle qu'en raison de son nom. Cette aura de légende, de fortune et de glamour que le titre de princesse d'Iran et le nom de Pahlavi symbolisait.

La mort de sa grand-mère, à la fin de l'année 2000, l'avait également beaucoup affectée. Depuis des années, Mme Diba luttait contre la maladie d'Alzheimer. Leila, dont elle avait été le principal support affectif au cours de la terrible première année d'exil avait vécu douloureusement ses dernières années.

La mort de son père, le déracinement et son corollaire, le sentiment de n'appartenir à rien ni à personne, les déceptions sentimentales, la confrontation récente avec la mort terrible de sa grand-mère, autant d'événements qui suffisent à écrire le message de désespoir de Leila d'Iran. Depuis des années, il se traduisait par ce refus de s'alimenter. Une manière terrible de dire : aidez-moi, et surtout, aimez-moi ! Leila est morte de ne pas avoir eu la force de résister à la vie, de ne pas avoir été aimée comme elle aurait voulu l'être. Et personne n'y pouvait rien, surtout pas ses proches qui ont fait tout ce qu'ils ont pu pour la retenir sur le chemin du désespoir. Leila a quitté la vie parce qu'elle n'avait pas été suffisamment armée pour cette vie tragique de princesse tourmentée par l'histoire.

Comme le dit l'impératrice Farah dans son message de deuil : Leila a rejoint son père." Ce rêve, aussi elle le faisait souvent : "Lorsque nous étions en vacances sur l'île de Kish, sur la mer Rouge, il partait pour une longue promenade à cheval sur la plage en fin d'après-midi. Parfois, il m'installait devant lui. Au fur et à mesure que le soleil se couchait, tout devenait rouge autour de nous, la plage, la mer, le ciel. Pour une enfant de mon âge, c'était un moment véritablement magique."

Aujourd'hui, Leila d'Iran n'a plus peur, elle galope à côté de son père, là où elle a toujours voulu se trouver. Le plus dur maintenant, ce n'est pas son destin brisé, puisqu'il est arrivé à son terme, mais c'est la douleur de ses frères et soeur, et celle de sa mère, Farah.
(source : Point de Vue)

Si dignes dans la douleur

Le coeur brisé, Farah, entourée de ses enfants a accompagné Leila dans sa dernière demeure. Une cérémonie émouvante où, malgré sa peine immense, l'impératrice d'Iran a montré, une fois encore, la force de son courage.


Samedi 16 juin 2001 à 15 heures. Plus de deux mille personnes attendent le cortège au cimetière de Passy, place du Trocadéro à Paris. Une foule de personnalités et d'anonymes venus du monde entier dire un dernier adieu à la princesse Leila Pahlavi. Diane de France, la famille d'Italie., la reine Anne-Marie de Grèce, Betty Lagardère perdues au milieu d'une foule d'Iraniens. Toute la diaspora persane en exil en France, mais aussi en Suède, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis... Car c'est en terre de France, au côté de sa grand-mère madame Diba, récemment disparue, que reposera désormais la fille de Mohamed Reza Shah Pahlavi.
Devant le cercueil recouvert du drapeau iranien frappé aux armes impériales, l'impératrice Farah, le visage marqué par une immense tristesse, trouve néanmoins la force de soutenir da fille, la princesse Farahnaz profondément touchée par la disparition de sa soeur. A ses côtés se tiennent le prince Reza et sa femme Yasmine, le prince Ali Reza et la princesse Ashraf, la soeur jumelle du shah ainsi que ses deux frères Gholam Reza et Abdol Reza. Tous écoutent avec recueillement, le mollah Mahdavi qui, psalmodiant les versets du Coran, remet l'âme de Leila sous la protection d'Allah. Puis chacun dépose sur le cercueil une rose blanche, la fleur préférée de la jeune princesse. Ne pouvant contenir sa douleur, la gouvernante de Leila, qui depuis toujours a été au côté de la jeune fille, s'effondre. L'émotion est à son comble. Et tandis que le cercueil est descendu dans le caveau où, selon la tradition musulmane il reposera le visage tourné vers La Mecque, le prince Reza prend de la terre contenue dans une boîte d'argent ciselé d'Ispahan, de la terre d'Iran que la famille impériale a emportée en exil et qui, depuis, accompagne toutes les cérémonies familiales. "Je confie les cendres de ma soeur bien-aimée Leila à cette terre de France qui a accueilli tant de compatriotes, dit-il. Pour qu'elle reste avec nous, nous la recouvrirons de cette terre d'Iran qui ne nous a jamais quittés."
(source : Point de Vue)

La mort de Leila d'Iran

La chute, l'exil, la mort du shah... L'ex-impératrice a connu tous les malheurs. Puis elle perd Leila, sa plus jeune fille, qui n'avait que 31 ans.

Le 24 mars 2000, l'ex-impératrice Farah avait offert à Leila, pour ses 30 ans, la copie d'un bas-relief exposé au Louvre, provenant de Persépolis, témoignage de la grandeur de leur pays.
Au Louvre, elles ne manquaient jamais de venir s'incliner devant l'Iran éternel. Leila était devenue une princesse de la jet-set, mais, comme une vestale, elle continuait à veiller sur le culte du shah. La dernière fille de l'ancien empereur d'Iran est morte à Londres, à 31 ans, alors qu'on venait d'apprendre la réélection triomphale de Mohammad Khatami à la présidence de la République islamique iranienne. Le peuple lui offrait un deuxième mandat avec 77 % des suffrages, soit 7 % de plus qu'en 1997. Un résultat qui renvoyait dans l'enfer des illusions le rêve du rétablissement des Pahlavi à Téhéran. "Il ne se passe pas un jour sans que je pense à l'Iran, disait Leila, aux cimes des montagnes enneigées, à la rosée du matin, aux jardins de roses de Chiraz." Pour Leila, l'errance a duré plus de vingt-deux ans. Elle n'avait jamais surmonté cette inguérissable douleur : le souvenir d'un paradis perdu. Chassée d'Iran, elle avait l'éternelle nostalgie de ce paradis dont ses parents l'avaient faite reine.
En fait, Leila n'a pas su surmonter son mal de vivre après avoir pourtant lutté avec elle-même pour réussir à mener une existence insouciante de jeune femme moderne dans cette capitale européenne monarchique. Difficile en effet pour une fille de souverain au port altier, née dans un décor des Mille et Une Nuits, de trouver son centre de gravité après un passé d'abord éblouissant puis chaotique. car comme Leila l'avait elle-même déclaré quelques mois plus tôt : "Ma mémoire est pleine d'images, de parfums. Je me souviens de la nature, de ses odeurs et même de celle la neige fraîche qui caractérisait l'hiver à Téhéran. Je garde de très bons souvenirs du sud du pays, de la légendaire île de Kish, de la brise chaude qui, la nuit, caressait mon visage". (Là,en balade à vélomoteur avec sa mère, ou lors d'un pique-nique sans façons, Leila avait des rapports parfaitement directs et tendres avec ses parents.) "Nous n'avions pas une vie de famille très formelle, qui aurait été figée par le protocole. La nature me manque beaucoup. Quand je retrouve les odeurs de mon pays, de ma jeunesse, je suis triste." C'était là son problème : la gracieuse et racée princesse au regard de braise, où qu'elle soit, avait du mal à se sentir chez elle. Avec son passeport monégasque, en fait citoyenne de nulle part plus que citoyenne du monde, exilée de luxe, loin des senteurs de son enfance, viscéralement iranienne, son coeur balançait entre l'Europe et les Etats-Unis, sans pour autant jamais être apaisé. Cette déracinée avait quitté l'Iran à 8 ans et ne réussissait pas, au fil des ans, à porter en elle cette inaltérable fêlure, toujours en quête d'un bonheur et d'un équilibre inatteignables. A 9 ans, alors qu'elle avait déjà perdu son pays natal, elle ignorait que son père était gravement malade et qu'il n'avait plus que quelques mois à vivre.
Elégante, élancée, avec ses yeux en amande de gravure persane et sa chevelure brune, cette princesse distinguée avait quelque chose de frappant tant sa voix suave mais aussi grave semblait trahir l'émouvante nostalgie de sa terre natale, un peu comme si, à chaque fois qu'elle voulait parler, elle était soudain brisée dans son élan.
Elle avait dû, toute jeune, se reconstruire sans le capital affectif de ce père dont elle était si fière. Dernière née de la famille impériale, Leila était la préférée de son père. "Il reste l'amour de ma vie", racontait-elle peu avant de disparaître. "Un lien très fort nous unissait. Il m'autorisait tout, il se montrait ouvert, patient, affectueux. Lorsque j'avais 3 ans, déjà, il me tenait par la main lors de ses rencontres avec des chefs d'Etat en visite à Téhéran. Même quand il était en réunion, dès que j'entrouvrais la porte, il m'accueillait avec un grand sourire. Je le faisais beaucoup rire..."
A sa benjamine, dont le nom signifie "la nuit" en persan, le shah transmettra son amour de la culture : férue de philosophie, et de littérature, elle écrira aussi de la poésie et se passionnera pour la photographie. Son père aurait été fier de cette jeune femme moderne et romantique. Elle, la petite dernière, le bâton de sa vieillesse pensait-il, l'enfant chérie, l'enfant roi qu'il avait eue à 50 ans. Elle qui se faufilait entre ses jambes dans son bureau en pleine réunion, qui savait capter l'attention du premier, et sans doute du seul homme de sa vie, pendant des conversations avec des chefs d'Etat. Cet empereur, craint par tout un peuple, qui symbolisait la Perse de Cyrus le Grand il y a 2 500 ans, s'effaçait devant les espiègleries d'une petite fille charmeuse, qui jouait de ses battements de cils noirs et qui lui ressemblait tant. Leila était la plus adulée de ses quatre enfants et naturellement la plus gâtée. Jamais Reza, Farahnaz et Ali Reza, ces aînés qu'il avait tant attendus, nés d'un troisième mariage, n'avaient partagé un amour aussi fort et exclusif. Cette dernière enfant, petite merveille, il s'en était bien sûr plus occupé que des trois autres réunis, ayant pour elle, comme le prince Rainier avec Stéphanie, toutes les faiblesse et les indulgences. Il la regardait grandir avec l'attention qu'on porte au benjamin quand on a placé en son aîné toutes ses ambitions et que le passage du flambeau est déjà assuré. On peut alors goûter avec une joie voluptueuse le moindre geste d'une tendre personnalité qui s'épanouit hors du carcan des principes rigides de la cour.
A cet amour fou succéda, après la mort du père, une existence rude : Leila n'y avait pas été préparée. Même si elle avait à ses côtés une mère remarquable. La fragile princesse avait du mal à trouver ses marques, perdue parfois dans les souvenirs des images de la cour et des derniers jours d'un père désormais au rebut de l'histoire, abandonné par presque tous et qui s'est éteint au Caire, alors qu'elle n'avait que 10 ans. Frappé de plein fouet par cette révolution qui lui prend son pouvoir, son pays et sa dignité, le shah mourra d'un cancer. Mais sa disparition ne peut rompre les liens tissés avec sa fille cadette. "Dieu me l'a pris trop tôt, dira Leila. Pendant deux ans, je n'ai pas voulu le croire. Maintenant, je rêve de lui et j'accepte enfin sa mort. Il est là. près de moi, et je sens qu'il me protège."
Un film pourtant repassait dans sa tête comme une mauvaise série noire dont elle ne put jamais se défaire. Elle le répétait sans cesse, évoquant une culpabilité qui la taraudait : elle n'avait pu entrer dans la chambre du shah qui se débattait contre la mort et avait l'étrange impression de l'avoir trahi par son absence. N'avoir pu assister son père dans son agonie la hantait comme sa jeunesse au pays des roses d'Ispahan. Ses mots en disaient long sur les sentiments de la jolie jeune femme habitée par des repères compliqués : la cour flamboyante, la révolution iranienne, les souffrances de ses compatriotes, ses études chaotiques au fil de la déshérence, les menaces des extrémistes musulmans. Il en faut moins que cela à d'autres têtes couronnées pour perdre pied.

Extrêmement cultivée, elle avait suivi des études approfondies sur le Coran et l'islam et s'était lancée dans une thèse sur la psychologie de l'ayatollah Khomeyni pour comprendre de l'intérieur la réalité de la révolution islamique. Parlant cinq langues, férue d'art, de littérature et de poésie persane, aussi romantique qu'idéaliste, elle ne pouvait assumer de porter en elle toute la gloire et la noblesse de son passé. Evoluant loin des salons et de la jet-set internationale, elle voulait qu'on l'apprécie pour elle et non pour sa prestigieuse ascendance ni pour sa fortune. Sans doute parce qu'elle avait peu d'amis d'enfance, elle était exclusive en amitié mais aussi méfiante, enviant ses deux labradors noirs qu'elle chérissait et qui, eux, ne faisaient aucune différence entre chiens de race et bâtards. Elle voyait quelques proches, et surtout ses deux frères et sa soeur, sachant qu'ils la protégeaient et n'avaient jamais d'arrière-pensée. Un lien d'affection tout particulier l'unissait à ses jeunes nièces, les filles de son frère Reza. Leila adorait sa mère, avec laquelle elle n'avait pas vraiment coupé le cordon ombilical. C'était le seul, le plus sûr, le plus complice des amours qui continuait de la bercer de façon exquise et de lui donner l'illusion qu'elle était encore une petite fille. Farah ne manquait jamais une occasion de manifester son amour à Leila pour combler un peu du vide laissé par la mort du shah. Leila adorait et admirait sa mère : "Il y a tant de complicité entre nous. C'est une grande dame qui veut le bonheur de ses enfants."
Et puis quand rien n'allait plus, totalement désemparée, allant d'un médecin à l'autre, elle tentait sans succès de noyer son mal avec des antidépresseurs, ces terribles médicaments qui l'ont trahie ce dimanche sombre et qui ont fait dire à Farah Diba dans cette lettre si digne frappée du sceau impérial à l'intention de ses compatriotes : "Par-dessus tout, Leila aimait l'Iran. Elle nous a quittés sans revoir son pays. Au-delà de la peine d'une mère, ce sera toujours pour moi un regret que nous ne pourrons combler. La disparition de ma fille bien-aimée me rapproche plus encore des mères iraniennes qui ont vécu les mêmes deuils. A ce moment où nous perdons un être très cher dans la force de l'âge, mes pensées vont vers nos jeunes compatriotes qui, en Iran ou en exil, supportent eux aussi très mal des conditions de vie qu'ils ne maîtrisent pas." C'est l'ultime hommage bouleversant en forme de testament moral et politique d'une mère à sa fille malade d'avoir adoré la Perse, le souvenir de son père, sa famille, la liberté. Une enfant qui avait des rides à l'âme.
(source : Paris-Match)


Suicide du fils du shah d'Iran : Ali Reza Pahlavi s'est tué par balle

Il luttait depuis des années contre la dépression. Un geste désespéré a mis un terme aux souffrances d'Ali Reza Pahlavi, 44 ans."C'est avec beaucoup de chagrin que nous informons nos compatriotes du décès du Prince dans la nuit de lundi à mardi", a écrit le fils aîné du shah d'Iran sur son site Web.
La police du district de Suffolk (Massachusetts) a déclaré avoir trouvé, tôt hier matin, un corps gisant au 141 Newton Street à Boston. La victime "est décédée des suites d'une blessure par tir d'arme à feu qu'elle a apparemment tournée contre elle-même d'après les premiers éléments de l'enquête", a précisé le procureur. Ali Reza avait acquis en 2001 pour 2 millions de dollars une demeure à cette adresse, selon le registre des propriétés immobilières du quartier South End.
Né le 28 juillet 1966 à Téhéran, Ali Reza a suivi sa scolarité en Iran avant de s'installer aux Etats-Unis pendant la révolution islamiste de 1979. Diplômé de l'université de Princeton en 1984 et titulaire depuis 1992 d'un master de l'université de Columbia, il était inscrit en troisième cycle à l'université de Harvard où suivait des études doctorales en civilisation perse.

Un destin tragique

"Comme des millions de jeunes Iraniens, il était profondément perturbé par tous les maux frappant sa chère patrie, portant aussi le fardeau de la perte d'un père et d'une soeur au cours de sa jeune vie", ajoute Reza Pahlavi sur son blog."Bien qu'il ait essayé pendant des années de surmonter sa peine, il s'est donné la mort, plongeant sa famille et ses amis dans un profond chagrin. C'était un homme intelligent, sensible, loyal et dévoué. Sa sagesse et son sens de l'humour nous feront cruellement défaut mais nous resteront chers à jamais", a aussi posté l' héritier du trône sur Internet.
La plus jeune fille du shah, Leila, avait succombé en 2001, à 31 ans, à un cocktail fatal de médicaments et de cocaïne, selon les résultats d'autopsie. Elle avait été retrouvée, sans vie, dans la suite de quatre pièces qu'elle louait dans un palace de Londres.
Exilée à l'âge de 9 ans, la jeune femme ne s'était jamais remise de la disparition de son empereur de père, renversé, et décédé d’un cancer (sans avoir abdiqué) en juillet 1980 au Caire. "Le temps n'a pas cicatrisé ses blessures", avait alors expliqué sa mère, Farah Diba. L'ancienne shahbanou, aujourd'hui âgée de 72 ans, (sur)vit, elle, entre la France et les Etats-Unis, essayant de maintenir les liens entre les membres de cette dynastie, décimée.
(source : )

FARAH D'IRAN: Son fils Ali Reza lui donne une petite-fille posthume

Elle s'appelle Iryana Leïla, et elle est la fille du prince Ali Reza décédé en janvier dernier.
« AU NOM DE MA FAMILLE, je tiens à informer nos compatriotes et amis de la naissance d'Iryana Leïla, fille de notre bien-aimé Ali Reza, le 26 juillet 2011. Nous savons que vous vous joindrez à nous, par respect et amour pour notre cher Ali Reza, et que vous laisserez le bébé et sa mère, Mme Raha Didevar, se rétablir et grandir en paix et dans le respect de leur intimité. Nous continuons être touchés et reconnaissants pour votre affection et les sincères condoléances qui nous ont été adressées, sans réserves, à la suite de cette perte. »
C'est sobrement que le prince héritier Reza Pahlavi, sur son site internet, a rendu publique le 5 août, la nouvelle inattendue de la naissance de la fille posthume de son frère Ali Reza, qui a mis fin à ses jours en janvier dernier, à l'âge de 44 ans. Aucune autre précision n'a été livrée, notamment sur la personnalité de la mère de l'enfant. Ali Reza et son amie n'étant pas mariés, on ignore si Iryana Leïla portera le titre de « Vala Gohari » - c'est-à-dire « princesse ». De son côté, le secrétaire privé de l'impératrice Farah, M. Kambiz Atabai, a déclaré que sa Majesté ne ferait aucun commentaire. Cette naissance intervient un mois et demi après le 10ème anniversaire de la mort de la princesse Leïla, soeur cadette du prince Ali Reza, elle-même disparue dans des conditions tragiques, et dont le bébé porte également le prénom. Remontons sept mois dans le passé. Au cours de la nuit du 3 au 4 janvier derniers, la police de Boston reçoit un appel téléphonique anonyme. Au 141 West Newton Street, dans une demeure cossue de la banlieue chic, elle découvre le corps du prince Ali Reza, fils cadet du chah d'Iran, suicidé d'une balle dans la tête. « Il y avait beaucoup de raisons pour expliquer son geste », confiera l'impératrice Farah. Ali Reza n'avait que 12 ans lorsque les ayatollahs le chassent de son pays avec les siens. Il connaîtra ensuite les affres de l'exil, la disparition de son père, emporté par le cancer, puis celle de sa soeur Leïla, dépressive et anorexique, morte d'une surdose de médicaments, en 2001, dans un hôtel de Londres. Solitaire, Ali Reza se tenait à l'écart des mondanités, préférant se consacrer à sa passion pour l'histoire et les civilisations anciennes. Ses études, il les avait poursuivies dans les meilleures universités américaines, Harvard, Princeton et Columbia. Mais la mort tragique de sa soeur Leïla l'avait profondément ébranlé, comme le confiait à « Point de Vue » sa cousine Azadeh Gothbi : «Tout a basculé dans son monde depuis lors. Il a sombré un peu plus chaque jour dans une dépression sans retour. »
Celui que la presse people avait classé parmi « les princes les plus séduisants » de la planète avait rompu en 2003 ses fiançailles avec Sarah Tabatabai, et l'on ignorait tout de sa relation avec Raha Didevar. Il semble que c'est elle qui ait découvert le drame, en janvier, et averti les autorités. Ali Reza savait-il que sa compagne était enceinte de quelques semaines ? Rien n'est moins certain. Mais aujourd'hui, la venue au monde de la petite Iryana Leïla offre assurément au clan Pahlavi un rayon de soleil. « Il y a une joie dans ma tristesse/Qui va au-delà de ma tristesse », chantait le poète persan Zahir Faryabi au XIIè siècle. Et comme en écho, résonnent ces paroles d'espérance prononcées naguère par l'impératrice : « On peut tout perdre, chacun de nous à son niveau. Mais il faut essayer de conserver sa dignité et son courage. C'est la vraie lutte de la vie. »
(source : * Philippe Delorme (Point de Vue n° 3292 - Semaine du 17 au 23 août 2011))


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